DES ÎLES ET DES TERRES
 
Haïti : La persistance d'un état de crise et de la crise de l'Etat

Le déclin de l’agriculture et l’exode rural massif consécutif n’ont pas pu être résolus par le développement des activités informelles en milieu urbain, la pauvreté touchant toujours la majeure partie de la population. Cette situation s’est encore dégradée après le séisme, dans la mesure où les autorités n’ont pas pu mettre en place une politique dynamique de reconstruction du pays. Même sur le plan géopolitique, l’ouverture au monde s’est révélée trop timide pour contrebalancer l’influence prépondérante des États-Unis. Par ailleurs, si les échanges commerciaux avec la République Dominicaine se sont intensifiés, au détriment d’Haïti d’ailleurs, les relations bilatérales sont restées très sensibles, en raison de la question migratoire. Il reste que le phénomène majeur réside dans le fait que le pays est secoué, depuis 30 ans, par une crise politique profonde, car la liberté d’expression et le débat politique n’ont pas fait progresser la démocratie et la faiblesse chronique de l’État n’a pas permis l’établissement d’un véritable État de droit.

1. Le maintien d’une situation économique difficile

Prenant le relais de l’agriculture en déclin, la tertiarisation de l’économie par le secteur informel, même si elle permet d’employer un grand nombre de personnes, ne semble pas en mesure d’enclencher la spirale du développement. La situation reste donc toujours précaire pour le plus grand nombre : le chômage et l’insécurité alimentaire viennent s’ajouter au difficile accès aux services de base comme l’eau potable ou la santé.

1.1. L’inefficacité de l’économie informelle

Si elle permet d’occuper un nombre élevé de personnes non employées par le système officiel, la tertiarisation de l’économie haïtienne par l’informel n’est pas en mesure, pour le moment, de constituer un moteur efficace de croissance économique. En effet, l’expansion du secteur informel s’appuie sur des unités de très petite taille et très peu productives ; les entrepreneurs sont pauvres, ont peu de compétences et disposent de peu de capital, financier ou technique et ils ne peuvent donc que s’auto-employer. Ne générant pas suffisamment de surplus, ces micro-entreprises non seulement restent pauvres mais, en plus, elles ne peuvent embaucher d’autres personnes. Bien au contraire, dans le contexte institutionnel actuel, il risque même de se produire une « informalisation » du formel puisque l’informel, évoluant en dehors du contrôle fiscal, peut attirer des acteurs de l’économie formelle.

L’ampleur que prennent les activités informelles dans l’économie du pays constitue un véritable défi en termes de réforme économique. Il est souvent question, en effet, de la formalisation du secteur informel, qui permettrait de dégager des revenus supplémentaires pour l’État, des dispositions ayant été prises en ce sens, depuis 2013, par le Ministère du commerce et de l’industrie. Mais cette politique se heurte à la construction de la légitimité de l’État, selon l’économiste Nathalie Brisson-Lamaute : pourquoi les gens accepteraient-ils de payer des taxes, alors qu’en retour, ils ne peuvent avoir accès aux services de l’État, non seulement au niveau de mécanismes d’aide à l’entreprenariat, mais aussi pour la sécurité sociale, l’accès à l’éducation des enfants, voire même la sécurité ? Par ailleurs, dans l’esprit d’une partie de la population, il y a la figure de l’État prédateur : prédation formelle (à travers la taxation indirecte) et prédation informelle (effectuée par les fonctionnaires). Au-delà de la régulation du secteur informel, l’enjeu majeur est celui de la création d’emplois et l’État doit trouver les moyens d’inciter le secteur privé formel à créer des emplois.

Quant au développement industriel, il est davantage dans une dynamique de réexportation que de production proprement dite : dans cette activité extravertie qu’est l’industrie d’assemblage, seule la force de travail nécessaire à la transformation du produit semi-fini en produit fini a son origine en Haïti et la plus-value est donc faible. Certes, le secteur de la confection est désormais devenu un moteur de l’industrialisation locale, mais l’essentiel de la production est concentré sur des segments de bas de gamme et les salaires proposés sont très bas. Cette situation a conduit à une double dépendance : d’une part, celle de l’économie haïtienne vis-à-vis des produits de l’industrie textile destinés à l’exportation (près de 90 % de la valeur des exportations), ce qui témoigne de la faible diversification de l’appareil productif ; d’autre part, celle du pays envers son puissant voisin nord-américain. Par ailleurs, cette industrie se montre très fragile et certaines questions se posent quant à la durabilité du secteur textile dans l’économie haïtienne, dans la mesure où la loi HOPE n’accorde des avantages préférentiels que pour une durée limitée.

1.2. La déficience chronique des services de base

La situation des ménages reste très largement déficitaire, en ce qui concerne l’approvisionnement en eau et en électricité, malgré quelques récentes améliorations. Seule la moitié de la population a accès à l’eau potable et seulement 11 % pour les connexions domiciliaires (24 % dans les villes et 3 % en milieu rural) selon l’Unicef. Le service est irrégulier dans presque toutes les zones urbaines et aussi en milieu rural. Les institutions du secteur restent très inefficacesmalgré la création en 2009 de la Dinepa pour améliorer l’accessibilité à l’eau potable et répondre aux enjeux d’hygiène élémentaire. Les usagers qui peuvent se le permettre achètent de l’eau à des entreprises privées, ce qui donne lieu à un commerce très dynamique.

La question énergétique est également problématique. Le rapport 2014 du Conseil mondial de l’énergie sur la performance énergétique, qui classe les économies mondiales en fonction de leur capacité à fournir une énergie sécurisée, abordable et durable, a placé Haïti au 116è rang sur 124 pays. La production d’électricité qui a doublé en dix ans reste cependant très largement insuffisante au regard des besoins. Le pays dispose en 2014 d’une puissance installée de 311 MW, dont 116 seulement disponibles, pour faire face à une demande de l’ordre de 700 MW au niveau national, dont plus de 200 pour la région de Port-au-Prince. De ce fait, le pays enregistre des pénuries dramatiques et le plus faible taux de couverture de la Caraïbe : seuls 34 % des Haïtiens ont accès à l’électricité (près de 50 % à Port-au-Prince), contre 92 % en Jamaïque et 98 % en République Dominicaine ; par ailleurs, le chiffre pour Haïti inclut les raccordements illégaux qui représenteraient près de la moitié des utilisateurs de cette énergie. La qualité du service est donc médiocre : ceux qui ont accès à l’électricité sont alimentés en moyenne 14 heures par jour, avec de très grandes disparités entre les zones couvertes. Cette situation oblige les ménages, les institutions (hôpitaux, écoles) et les entreprises à s’appuyer sur leurs propres générateurs de secours, efficaces mais coûteux.

Le système de santé haïtien est défaillant et n’est pas en mesure de remplir sa fonction. Plus de la moitié des structures de services de soins est privée, très rarement à but non lucratif. Par ailleurs, il présente, à tous les niveaux, d’importants handicaps qui sont liés aux problèmes de gouvernance : faible capacité de surveillance de l’autorité nationale, multiplicité des bailleurs de fonds qui se transforment souvent en prestataires de services de soins, absence de protocoles standardisés pour des problèmes de santé, fréquence des ruptures de stock de fournitures médicales essentielles, etc. Cet état de fait handicape la bonne marche de la prise en charge des patients et contribue à la faible qualité des soins sur le plan institutionnel. Le déficit est particulièrement important en matière de santé infantile, même si des progrès ont été enregistrés : la mortalité juvénile (enfants de moins de cinq ans) est passée de 79 ‰ pour la période 1997-2002 à 59 ‰ pour la période 2007-2012. À la déficience de la médecine classique, répond une médecine traditionnelle très active et très prisée : médecine familiale, matrones, tradi-praticiens, guérisseurs. Elle représente, dans 70 % des cas, le premier recours de la population en cas de problème de santé.

La société haïtienne, dans son ensemble, accorde une importance particulière à la formation et à l’éducation. L’école, de plus en plus inadaptée et de mauvaise qualité, reste cependant pour la majorité de la population le vecteur de prédilection de la mobilité sociale et de l’insertion économique. Le système éducatif est basé essentiellement sur des écoles privées payantes (90 % des établissements), religieuses ou laïques, et qui affichent une diversité étonnante. L’exigüité de l’offre scolaire publique crée un énorme vide face à la demande massive en matière d’éducation et cela explique le développement des écoles « borlette » : dans ce type d’établissement, les personnels sont sans qualification et la chance de réussir est la même que pour gagner à la loterie (borlette). Malgré tout, des avancées notables ont été constatées : l’alphabétisation se développe dans le pays et la scolarisation a fait un saut qualitatif. (49 % des enfants scolarisés en 1994, 65 % en 1997, 76 % en 2002 et près de 80 % en 2012), même si plus d’un demi-million d’enfants entre 6 et 12 ans restent en dehors du système scolaire. Il reste qu’en 20 ans, le taux d’alphabétisation a plus que doublé, passant de moins de 20 % en 1994 à 43 % en 2012 (IHSI). Mais Haïti demeure le pays de la Caraïbe ayant le taux le plus élevé d’analphabètes, classé dans le monde à la 157è place, sur 182 (PNUD, rapport 2011). Le degré d’alphabétisation est de loin meilleur en milieu urbain qu’en milieu rural (80,5 % contre 47,1 %) et il est plus élevé chez les hommes (63,8 %) que chez les femmes (58,3 %). Les résultats semblent encore plus probants pour les jeunes générations : le taux d’alphabétisation en 2012, chez les 15-24 ans, est de 74,4 % pour les hommes et de 70,5 pour les femmes, selon l’Unicef.

2. Les difficultés de reconstruction du pays après la catastrophe

Haïti peine à se reconstruire après le séisme : en 2014, quatre ans après le séisme, plus de 170 000 personnes se trouvaient encore dans les camps et en 2015, elles étaient encore près de 80 000, avec un quotidien d’une extrême précarité (accès à l’eau, assainissement, insécurité, risques d’épidémie) (doc. 10). Par son ampleur destructrice dans la région centrale, le séisme de 2010 aurait pu stopper ou au moins limiter la macrocéphalie de Port-au-Prince, par déconcentration et décentralisation. À l’évidence, si les effets du tremblement de terre ont généré de nombreuses recompositions intra-urbaines dans la capitale, ils n’ont ni modifié les déséquilibres régionaux préexistants, ni affecté la dynamique de croissance du pôle central.

Document n°1 : La cathédrale de Port-au-Prince après le séisme de 2010Agrandir

 

Photo prise en 2012; Au premier plan, les baris de fortune des sinistrés
Source : Cliché - André Calmont.

2.1. Politiques de relogement et recompositions urbaines

La mise en œuvre des programmes de construction de logements sociaux a été jugée trop lente par la majorité des Haïtiens. Pour engager une politique ambitieuse dans ce domaine, encore faudrait-il que l’État, historiquement très faible, en ait les moyens ou même la volonté, d’autant plus que l’aide internationale a considérablement faibli à partir de 2013. Une Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti (CIRH), avec à sa tête l’ancien président américain Bill Clinton, avait été formée au lendemain du séisme. Du fait des difficultés de fonctionnement, il en résulta des projets disparates, sans vision d’ensemble. Il est vrai que la crise politique qui paralyse le pays depuis 2013 n’a pas facilité l’exécution des projets ; Haïti est devenue le nouvel eldorado des compagnies étrangères, les projets s’orientant quasi exclusivement vers la promotion de l’assistance et de l’investissement étrangers, tandis que les Haïtiens n’en tirent aucun profit : le film documentaire de Raoul Peck, Assistance mortelle (2013), remettant en question la gestion de l’aide humanitaire après le séisme en est un excellent exemple.

Pierre angulaire de la politique de relogement, le programme 16/6, financé par le Canada, a visé à réhabiliter 16 quartiers pauvres de Port-au-Prince, définis comme prioritaires, en y relocalisant leurs habitants qui se trouvaient dans six grands camps de déplacés de la capitale. Le choix des six camps a été fait davantage sur des critères de visibilité qu’en fonction du niveau de précarité et de vulnérabilité : il s’agissait de camps comme ceux du Champ-de-Mars, des environs de l’aéroport ou des places publiques de Pétion-Ville. Les sinistrés ont été délogés, moyennant une prime de départ de 20 000 gourdes (environ 500 dollars) ; mais le montant de l’aide était trop faible pour permettre aux familles de s’installer ailleurs que dans les bidonvilles situés dans des zones vulnérables. Les opérations de relogement apparaissent ainsi partiellement en trompe-l’œil, puisque peu de solutions durables ont été apportées ; on a juste déplacé le problème dans l’espace et dans le temps. D’ailleurs, beaucoup de réfugiés ont quitté les camps, après avoir simplement réparé leur logement par leurs propres moyens ou construit de nouveaux abris précaires, contribuant au phénomène de bidonvillisation des zones périurbaines.

Depuis 2013, l’aide internationale a considérablement faibli. Après trois ans, les agences spécialisées dans la réponse aux catastrophes ont estimé avoir fait leur temps. Mais l'état du pays n'incite pas les bailleurs à débloquer les fonds nécessaires aux mesures structurelles. L'aide d'urgence, en effet, n’a pas conduit à renforcer les capacités des Haïtiens à prendre eux-mêmes en mains la reconstruction du pays, car le gouvernement, la société civile et les entreprises locales ont été marginalisées par la communauté internationale. Les promesses des donateurs internationaux sont largement restées lettre morte. Fin septembre 2012, le bureau de l’envoyé spécial d’Haïti à l’ONU indiquait qu’à peine plus de la moitié des 5,37 milliards de dollars promis lors de la conférence de New York, en mars 2010, avait été distribuée, alors que la totalité des fonds était supposée arriver avant cette date, même si une partie des sommes reste encore gelée, faute d’institutions publiques solides et fiables.

Le séisme a entraîné d’intenses bouleversements spatiaux et fonctionnels dans l’agglomération de Port-au-Prince. Le mouvement migratoire vers la province qui avait suivi le séisme s’est inversé quelques mois plus tard, avec le retour massif des réfugiés, et même en plus grand nombre. Ils se sont installés sur les mornes entre Port-au-Prince et Pétion-Ville, sur la route de Carrefour et sur les terres inoccupées et excentrées au nord de la capitale, à l’exemple de Canaan, à une trentaine de kilomètres de la ville. L’aire métropolitaine s’étend désormais sur près de 170 km2 et les réseaux, qui étaient déjà insuffisants, sont très loin de répondre aux besoins de la population, d’autant plus que le tremblement de terre a amplifié les dysfonctionnements urbains. Par ailleurs, le centre-ville, déjà en déclin depuis les années 2000, en raison de la violence urbaine qui s’était ajoutée à un espace contraint et à des difficultés d’accès, est complètement à l’abandon depuis le séisme. Les migrations fonctionnelles se sont accélérées sur la route de Delmas et à Pétion-Ville qui est devenu un des lieux centraux de l’aire métropolitaine. Les activités nécessitant de vastes superficies de vente et de stockage se sont implantées au nord de la ville, dans la commune de Tabarre, en plein croissance. Le mitage se poursuit à l’est, dans la commune de Croix-des-Bouquets, aujourd’hui intégrée à l’aire métropolitaine. Plus qu’un élément déclencheur des mutations spatiales et fonctionnelles, le séisme a été, en réalité, un accélérateur des processus déjà à l’œuvre avant 2010.

2.2. L’« occasion manquée » du réaménagement du territoire

Les terribles impacts du tremblement de terre sur la région métropolitaine ont montré que la refondation et le développement du pays ne pouvaient pas se concentrer exclusivement sur Port-au-Prince  et que l’aménagement de l’espace devait se faire de manière plus équilibrée sur le territoire national. Le séisme a donc incité le gouvernement, ainsi que des pays partenaires comme les États-Unis et la République Dominicaine, à s’investir dans d’autres espaces comme la région Nord/Nord-Est : le parc industriel de Caracol, à l’est du Cap, financé par des capitaux américains et la nouvelle université de Limonade, réalisée par la République Dominicaine, en sont la parfaite illustration. Par ailleurs,la reconstruction de la piste de l’aéroport du Cap-Haïtien, financée par le Venezuela, permet désormais d’accueillir de plus gros avions, tandis que la Banque mondiale investit dans le tourisme et le patrimoine de cette zone, d’autant plus que l’Union européenne avait financé en 2008 la remise en état de la route entre Cap-Haïtien et Ouanaminthe. Par ailleurs, s’est développée dans la région, depuis 2015, la culture de la banane pour l’exportation sur les marchés européens, allemand notamment. Cette somme d’investissements fournit aujourd’hui au Nord/Nord-Est une opportunité de construire une dynamique économique, à condition que l’État se donne les moyens de concilier développement, utilisation raisonnée de l’espace et satisfaction des besoins de la population. Il est vrai aussi que cette région ne manque pas d’atouts : Le Cap-Haïtien (260 000 habitants) représente la deuxième ville du pays, avec un port et un aéroport internationaux, tandis que Ouanaminthe constitue la principale porte d’entrée du commerce dominicain.

L’approfondissement de ces initiatives représenterait une bonne manière de penser une véritable décentralisation à l’échelle nationale, de mettre en place une réelle politique de rééquilibrage territorial, de dynamiser des pôles provinciaux et de repenser le développement sur des bases tentant de réduire le poids excessif de l’agglomération de Port-au-Prince. Un plan d’aménagement a été proposé par le CIAT (Comité interministériel d’aménagement du territoire) pour la région du Nord/Nord-Est dont l’axe historique avec Santiago de los Caballeros (également deuxième centre urbain de République Dominicaine) pourrait se positionner en parallèle à celui de Port-au-Prince et de Santo Domingo et pourrait contrebalancer ce dernier. Mais la faiblesse de l’État, le manque de volonté politique et la corruption endémique perdurent et les schémas d’aménagement, souvent préparés par des bureaux d’études spécialisés étrangers, continuent de s’entasser, grâce au financement de l’aide internationale, mais sans réalisation concrète.

3. L’inégal accès aux moyens de communication

Comme dans d’autres domaines, on constate un accès inégal au progrès dans l’évolution des technologies de l’information et de la communication où pourtant les avancées ont été importantes. En effet, la révolution des TIC n’a pas touché tous les espaces et toutes les catégories de la société. Malgré des progrès indéniables, il y a toujours cependant un accès inégal à la téléphonie mobile, les foyers des zones urbaines étant largement plus équipés que ceux des zones rurales, avec respectivement 87 et 50 %. Cet outil de communication convoité par tous n’offre pas que des satisfactions au quotidien : absence de couverture réseau, coupures brutales, difficulté de recharge des batteries à cause des longues pannes d’électricité. Internet ne concerne, pour le moment, que 15 % de la population, ce qui place Haïti au 141è rang mondial (sur 195 pays), loin derrière la République Dominicaine (35 % de la population et 88/195), la Jamaïque (32 %, 95/195) et même Cuba (23 %, 108/195). Pour résorber la fracture numérique entre une minorité aisée et la grande masse de la population, il faudrait rendre plus accessibles les centres communautaires et les cybercafés et permettre une connexion à Internet aux bibliothèques municipales ainsi qu’aux écoles. C’est dans cette optique qu’en 2013, a été lancé le projet « Scholaritech », dont le but est de doter près d’une centaine d’écoles et de lycées publics de la capitale et de la province, d’une salle informatique équipée, avec une liaison Internet haut débit.

La distance et le milieu naturel jouent, au départ, un rôle dans l’accessibilité ou l’enclavement des espaces, mais les réseaux de communications, par leur niveau de performance, réorganisent l’espace, en accentuant l’intégration de certaines régions ou en renforçant l’isolement d’autres. Cependant, les réseaux de transports fonctionnent à la fois comme facteur et conséquence de dynamisme, les infrastructures étant améliorées prioritairement dans les régions les plus actives. Il en résulte que beaucoup de secteurs en Haïti restent enclavés, faute d’axe de communication qui permette le transport des marchandises et des personnes dans des conditions acceptables. La superficie véritablement « utile » du pays présente ainsi une succession de zones qui couvrent à peine un tiers du territoire national ; de nombreuses zones de production potentielle ne sont pas exploitées, faute d’un réseau routier adéquat : c’est le cas de l’extrême Nord-Ouest, des terres cacaoyères de la Grande-Anse ou du Sud-Est vers Marigot et Belle-Anse, par exemple.

Les réseaux de transport routier restent, de fait, médiocres et inégalement répartis : Haïti possède la densité de transport routier la plus faible des Antilles. Le réseau est peu étendu (environ 3 400 km de routes carrossables) et souffre de graves insuffisances, liées à l’absence d’entretien et au manque d’ouvrages de franchissement des cours d’eau. Le Ministère des travaux publics, transports et communications (MTPTC) estime qu’actuellement seulement 10 % des routes, soit 350 km, sont en bon état, alors que 80 % du réseau routier est dans un état médiocre ou très médiocre ; seuls 20 % des routes sont revêtues. Mais l’absence de moyens techniques et financiers, les dysfonctionnements et les défaillances structurelles limitent fortement les capacités d’action du MTPTC. Dans ce contexte, ce sont les institutions internationales et les organisations non gouvernementales qui ont tendance à se substituer à l’État et plusieurs pays étrangers apportent également leur soutien financier à l’entretien et à l’amélioration des infrastructures de transport.

Le cabotage qui pourrait constituer une alternative intéressante à la médiocrité des transports routiers est peu développé, malgré la configuration extrêmement découpée du littoral et le trafic annuel reste faible (20 000 tonnes de marchandises, 80 000 passagers par an, d’après l’Autorité portuaire nationale). La dégradation des équipements portuaires, le manque d’organisation, l’utilisation d’une flotte souvent obsolète et ne respectant pas des normes minimales de sécurité sont autant de freins au développement de cette activité. Dans la péninsule du Sud, où l’activité est la plus développée, les ports de Jérémie, d’Anse d’Hainault et de Corail disposent de débarcadères pour le cabotage domestique, mais de nombreux autres sites ne possèdent que de sommaires installations. En fait, le mode maritime a régressé au profit de la route qui reste plus rapide.

Malgré l’effort de modernisation en cours, les infrastructures portuaires et aéroportuaires n’offrent pas toujours les gages d’efficacité et de compétitivité pour soutenir une plus grande ouverture d’Haïti au monde extérieur. L’opportunité de la perspective prochaine de l’agrandissement du canal de Panama ne pourra guère être exploitée, car Port-au-Prince (son port a traité 3,7 millions de tonnes en 2013 et celui du Cap, 153 000 tonnes), et les ports haïtiens en général, souffrent de nombreux handicaps : installations insuffisantes, opérations longues, tarifs élevés. L’aéroport de la capitale concentre l’essentiel des trafics et traite 1 à 1,5 million de passagers par an. L’offre de liaisons directes est restreinte et largement polarisée sur quelques villes des États-Unis, Haïti étant encore faiblement connecté avec des destinations de la Caraïbe. L’aéroport du Cap-Haïtien (qui porte désormais le nom Hugo Chavez), a vu ses activités augmenter à l’international depuis l’allongement de sa piste en 2012, ce qui lui permet d’accueillir de gros porteurs. Mais les seules liaisons offertes début 2014 sont la Floride (Fort Lauderdale) et Providenciales (Turks-et-Caïcos).

4. Les limites de l’ouverture géopolitique

Depuis une décennie, Haïti cherche à s’intégrer dans la Caraïbe, son espace géographique, et à s’ouvrir mondialement, tissant des liens avec nombre de pays d’Amérique latine, d’Europe, d’Asie et d’Afrique. Mais cette nouvelle politique reste encore très timide au regard des puissantes relations, politiques, économiques ou culturelles, que le pays entretient avec le géant états-unien. Quant aux relations transfrontalières, elles se sont considérablement accrues et diversifiées depuis 30 ans, mais le partage d’une frontière terrestre commune démultiplie cependant les situations de crise, migratoire comme économique, malgré l’incontournable nécessité d’une coopération bilatérale.

4.1. Les États-Unis restent, de loin, le partenaire privilégié et influent

Par leur proximité géographique, leur puissance économique et géostratégique et leurs modèles culturels, les États-Unis ont tissé très tôt des liens avec Haïti et leur influence y est considérable, dans tous les domaines. Il est vrai qu’Haïti est loin d’être le seul pays dans cette situation. Accueillant la moitié de la diaspora haïtienne, les États-Unis demeurent la destination la plus attractive, les territoires caribéens étant souvent vécus comme des espaces de transit vers les États-Unis, objectif ultime.

La présence des États-Unis en Haïti depuis un siècle illustre bien la géopolitique de ce pays dans la Caraïbe, considérée comme leur arrière-cour. Il y a eu d’abord l’occupation militaire du pays par les États-Unis pendant près de 20 ans, avec des conséquences qui ont changé totalement le territoire : décadence des villes de province au profit d’une centralisation au profit de Port-au-Prince, exploitation économique du pays et appauvrissement de la paysannerie, organisation d’une émigration massive vers la République Dominicaine et Cuba, etc. Depuis cette époque, et en dépit du départ des troupes américaines en 1934, l’ingérence des États-Unis en Haïti a été permanente, dans la vie politique (soutien à la dictature des Duvalier, intervention militaire pour rétablir le président Aristide dans ses fonctions, pressions pour lui faire quitter le pouvoir), comme dans la vie économique (pressions pour l’instauration d’un système libéral et l’ouverture du marché aux produits états-uniens). Cette ingérence a ainsi sérieusement fragilisé les acquis démocratiques de ces 30 dernières années. L’influence américaine se fait également de manière indirecte, à travers les nombreuses Églises protestantes, congrégations religieuses ou ONG, voire de manière plus pernicieuse par le biais du développement de l’enseignement en anglais, considéré comme la langue de la promotion sociale, ou le retour des « diasporas » d’Amérique du nord, le créole haïtien étant en train de s’angliciser progressivement.

Aujourd’hui, faut-il considérer que le sort d’Haïti se décide à Washington ? Quatre des neuf principaux bailleurs de fonds internationaux (la BID, la Banque mondiale, le FMI et l’USAID) ont leur siège à Washington et ce qui s’y décide est déterminant pour l’avenir d’Haïti. Depuis des décennies, ce pays a reçu de l’aide extérieure des organisations multilatérales ou des agences de développement étrangères, mais après le tremblement de terre de 2010, cette situation a pris des proportions majeures. Une suspension des fonds en provenance des États-Unis se traduirait immédiatement par la paralysie du pays. Le rôle joué par les États-Unis dans la reconstruction post-sismique s’est ajouté à la dépendance d’Haïti vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux, aux interventions militaires, à l’ingérence politique, à l’importante communauté haïtienne installée aux États-Unis, à la place privilégiée de ce pays comme partenaire commercial, pour accentuer la grande influence dont les États-Unis ont toujours bénéficié sur place. Après le séisme de 2010, certains se demandent même si Washington n’est pas devenu symboliquement la deuxième capitale d’Haïti, sinon la première (Le Nouvelliste du 21 mars 2014). Il existe cependant toujours un contentieux entre les deux États, à propos de l’île de Navasse, située à 70 km au large de la pointe extrême de la péninsule méridionale. 

4.2. Les relations avec la République Dominicaine demeurent très sensibles

Haïti et la République Dominicaine se sont longtemps tourné le dos, de part et d’autre d’une frontière terrestre longue de 339 km. Il est vrai qu’un lourd contentieux historique les oppose, en particulier la double occupation de la colonie espagnole par les Haïtiens (1798-1809 et 1822-1844) mais aussi, en 1937, le massacre des migrants haïtiens perpétré par les autorités dominicaines, qui fit plusieurs milliers de victimes (entre 5 et 12 000 selon les auteurs). Cela renforça le divorce entre les deux parties de l’île, différentes par leurs populations, leurs sociétés et leurs cultures. Pour autant, la frontière entre les deux pays, même ancrée dans une histoire commune violente, n’a jamais été étanche et la complémentarité entre les deux entités politiques donna naissance à une zone transfrontalière. Il existe ainsi quatre ensembles de villes jumelles par lesquelles transite le commerce transfrontalier, en particulier Malpasse/Jamaní et Ouanaminthe/Dajabón, mais il y a aussi de nombreux points de passage informels.

La question des migrations haïtiennes en République Dominicaine est particulièrement sensible dans les relations bilatérales et le nombre considérable de textes publiés sur la question migratoire en République Dominicaine témoigne de la crispation engendrée par ce phénomène. Les migrations haïtiennes en République Dominicaine sont anciennes et massives : elles concerneraient plus de 500 000 Haïtiens ou personnes d’origine haïtienne, dont au moins un tiers sans papiers. La présence prolongée des « anba fil » (« sans papiers ») pose le problème de la seconde génération. En effet, la Constitution dominicaine (article 11) s’appuie sur le jus soli qui accorde le droit à la citoyenneté aux personnes nées sur le sol de la République, sauf pour les personnes « en transit ». Ce droit constitutionnel est systématiquement refusé aux rayanos, enfants des immigrés haïtiens sans papiers, dont les dossiers sont bloqués. La situation est devenue désormais sans issue puisqu’en 2013, le Tribunal Constitutionnel a décidé que les enfants de migrants haïtiens ne pouvaient prétendre à la nationalité dominicaine, retirant même cette nationalité à ceux qui l’avaient déjà obtenue. Mais devant les pressions internationales, la décision a été annulée en 2014. Les réactions dominicaines face à l’immigration haïtienne sont donc toujours souvent hostiles, révélant surtout un enjeu racial et social ; les Haïtiens, accusés d’invasion silencieuse, sont confrontés à la discrimination et aux abus et, depuis quelques années, on assiste à une recrudescence des expulsions et des agressions racistes.

Les échanges commerciaux entre les deux pays sont anciens, avec le commerce à la frontière ou les Madan Sara qui vont s’approvisionner à Santo Domingo, mais ils ont connu un essor considérable dans les années 1990, avec une partie désormais formelle, et ils ont été renforcés après 2010 par des investissements dominicains dans l’économie voisine. Haïti est devenue très dépendante des produits dominicains, puisqu’un tiers de ses achats provient du pays voisin qui est son premier fournisseur, devant les États-Unis. Mais le marché haïtien reste aussi indispensable pour la République voisine : Haïti constitue son deuxième client, avec des achats d’un montant de plus d’un milliard de dollars (sans compter les flux informels), derrière les États-Unis (3,6 milliards), mais devant le Canada. C’est la raison pour laquelle les crises dans les relations commerciales entraînent des crispations importantes entre les deux pays. Ce fut le cas en 2013 avec l’interdiction d’importation en Haïti de produits avicoles (poulets, œufs), en raison d’un risque de grippe aviaire en République Dominicaine. Il faut également rappeler que les échanges transfrontaliers comprennent également le commerce illégal et interdit (armes, drogue, trafic d’enfants vers la République Dominicaine ; bois et charbon de bois, carburants, véhicules volés dans l’autre sens).

Une commission bilatérale a été mise en place afin de résoudre les difficultés entre les deux pays, mais le dialogue semble être pour le moment dans l’impasse. Depuis les années 1990, l’approfondissement des relations a fait passer les deux États d’une logique de confrontation à une logique de coopération et une normalisation des rapports s’est engagée depuis cette date. Mais le problème migratoire constitue toujours un enjeu central dans le débat politique dominicain et les incidents frontaliers de 2006 (des actes de violences ont été perpétrés à l’égard des populations haïtiennes installées près de la frontière, se soldant par des maisons détruites, des expulsions brutales, de nombreux morts et blessés) viennent renforcer cette idée, montrant que l’interdépendance économique accrue ne signifie pas forcément un apaisement des tensions.

5. La crise de l’État et l’interminable « transition démocratique »

Depuis une trentaine d’années, Haïti tente de bâtir une société moderne et démocratique, dans un climat apaisé, mais le défi est énorme tant le pays accumule les problèmes. Il est vrai que la difficulté d’une gestion rationnelle des ressources de l’État, d’une transparence dans les opérations gouvernementales, d’un respect des normes nationales et internationales dans (tous) les actes de l’administration, la misère, la faim, l’impunité et la corruption continuent de régner en Haïti. Du fait de la faiblesse historique et structurelle de l’État haïtien, à laquelle participe l’ingérence étrangère, il apparaît difficile de mettre en place un État de droit, pourtant socle indispensable au bon fonctionnent d’une démocratie.

5.1. Sortir de a crise politique  _

La période de la décennie 1990 et du début des années 2000, bien que dominée par la personnalité de Jean-Bertrand Aristide, leader charismatique et élu au cours d’un scrutin libre et démocratique, fut pourtant politiquement très difficile : coup d’État et dictature militaire pendant quatre ans, chasse aux partisans du mouvement « Lavalas », le parti du président renversé, intervention militaire américaine pour imposer le retour d’Aristide, rivalités au sein du parti au pouvoir, débouchant sur une scission, avec la création du nouveau parti « Lafanmi Lavalas », dérives des organisations populaires gravitant autour du pouvoir, avec les « Chimères », second départ forcé d’Aristide sous la pression d’une insurrection et de pays étrangers, déploiement depuis 2004 d’une force multinationale de l’Onu, la Minustah (9 166 militaires et policiers en 2013), afin de faciliter, en principe, la poursuite d’un processus politique pacifique et constitutionnel ainsi que le maintien de conditions de sécurité et de stabilité. Même Michel Marthely, pourtant très populaire auprès d’une jeunesse en quête de rupture mais élu, il est vrai, à la suite d’un scrutin contesté, a dû, très rapidement, faire face à des mouvements de contestation virulente.

Depuis la fin de l’année 2015, Haïti est plongée dans une crise politique et électorale : les fraudes constatées lors des élections présidentielles du 25 octobre ont entraîné des manifestations violentes et un double report du second tour (27 décembre 2015, puis 24 janvier 2016), mettant en conflit, pour la première fois, la population haïtienne et la communauté internationale qui voulait maintenir le scrutin. Face à la vacance du pouvoir, puisque les élections n’ont pu être validées au terme du mandat du président Marthely, un président intérimaire a été nommé par le Parlement pour quatre mois, avec la charge d’organiser les élections présidentielles, mais la date prévue du 24 avril 2016 n’a pu être tenue et le mandat du président intérimaire ne peut que se prolonger.

Face au désenchantement et à la colère de la rue qui réclame la reprise du processus électoral, une sortie de a crise politique ne peut s’effectuer que par des élections apaisées, libres et crédibles. La rise politique reflète, en réalité, une crise sociale et une crise économique : trop d’inégalités, trop de frustrations, trop de corruption, trop de pauvreté ont fini par tuer les germes de la démocratie. La pauvreté de masse entretient le chaos politique et c’est dans la lutte contre elle qu’Haïti pourra trouver le chemin de la démocratie qui, en même temps, crée le contexte d’un décollage économique.

5.2. Un État de droit difficile à établir

Malgré le « dechoukaj » du système macoute en 1986, l’insécurité est devenue une donnée structurelle de la société haïtienne, même si elle a reculé ces dernières années. La violence apparaît endémique dans certains quartiers de la capitale (700 homicides en 2013) et l’impunité dont bénéficient les auteurs d’actes criminels favorise la recrudescence de ce fléau. Face à cette situation, il existe des cas de « lynchage » par la population, véritable justice populaire, en lien avec le manque de confiance dans la capacité de réaction de la police et de la justice, alors que dans un État de droit, nul n’est habilité à se faire justice. Il se développe parfois de véritables situations de guerre civiles, lorsque les luttes politiques se transforment en conflits armés : ainsi, à la fin de 2012, deux groupes s’affrontèrent violemment pour le contrôle du Conseil municipal de Grand Goâve (deux morts, des blessés, des maisons et des véhicules incendiés).

Les forces de l’ordre, en effectif réduit et mal équipées, n’arrivent pas toujours à faire face à la situation, malgré l’aide des missions sécuritaires des Nations unies (Minustah) ; il est vrai que les dysfonctionnements dans la police restent encore nombreux, bien que l’institution soit en cours de réforme depuis de nombreuses années. Dans ce contexte, le problème du rétablissement de l’armée est posé. La rorruption gangrène les institutions de tous les pouvoirs et à tous les niveaux. Face à cette situation, a été instituée une Unité de lutte contre la rorruption (ULCC), chargée de combattre cette dernière sous toutes ses formes, et notamment mettre fin à l’impunité dont jouissent les criminels à col blanc. Selon le Rapport sur la situation des droits de l’homme en Haïti de l’ONU (2013), le système judiciaire continue à être largement dysfonctionnel, malgré la réforme en cours de la justice, libérée en principe de l’influence de l’exécutif.

À la faiblesse chronique de l’État, s’ajoute le rôle ambigu des ONG et des institutions internationales. En effet, les ONG, dont le nombre s’est accru considérablement au cours des dernières années (il est estimé à plus de 10 000), participent en même temps à la déstabilisation des institutions publiques et au processus d’affaiblissement de l’État haïtien, la communauté internationale étant ainsi responsable d'avoir créé des structures parallèles dans les divers domaines que les Haïtiens eux-mêmes devraient assumer, d’autant plus que l’état de dépendance envers l'aide étrangère favorise aussi l'inertie et l'irresponsabilité dans la population.   

 

Après 30 ans de conflits politiques et de stagnation économique, aucun élément ne laisse présager des lendemains meilleurs pour Haïti. Certes, on observe une dynamique progressive, mais les résultats sont loin d’être à la hauteur des attentes du pays. C’est en quelque sorte la continuité malgré les changements. Les actions sectorielles, s’attaquant aux problèmes majeurs de la malnutrition, de l’analphabétisme, de la santé, du chômage et de la pauvreté, n’ont jamais eu les résultats escomptés et sont restées des saupoudrages sans lendemain. Ni les partis politiques ou les gouvernements, ni la bourgeoisie locale, ni la communauté internationale ne semblent en mesure d’apporter des solutions durables à cet état de crise. À celui-ci s’ajoute la crise de l’État, d’où la nécessité d’un État plus présent et plus démocratique, qui engage le peuple et place véritablement ce dernier au cœur d’un processus de réel développement. Pourtant, Haïti peut sortir de la situation socioéconomique dans laquelle le pays se trouve depuis longtemps, en misant sur la jeunesse de sa population, avide de formation, sur son potentiel touristique et agricole, sur son artisanat d’art et sa culture populaire très riche. Il faudrait un agenda national qui donnerait la priorité à l’éducation et à l’environnement, en créant les conditions pour une institutionnalisation de la démocratie, car les investissements ont besoin de stabilité pour prospérer. Il faudrait également moins d’ingérence de la communauté internationale (États-Unis, France, Canada, plus précisément) qui s’est toujours employée à coopter les élites nationales et à leur imposer leurs vues. Il s’agit moins d’aider Haïti que « d’aider les Haïtiens à s’aider eux-mêmes » parce que c’est à eux de choisir leur chemin.

 

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Auteur : André Calmont

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