SITUATION ET POSITIONNEMENTS POLITIQUES
 
Statuts et carte politique (années 1990)

Les régimes politiques

Agrandir

Les statuts politiques

Agrandir

 Agrandir

Une exceptionnelle fragmentation politique ...

De multiples entités

Fruit des conditions naturelles et de l'héritage colonial, la mosaïque antillaise présente dans ce domaine une remarquable variété et une réelle originalité. Aucune autre région au monde n'atteint le degré d'émiettement constaté ici : pas moins de 16 États indépendants pour le seul archipel, soit plus qu'en Amérique du Sud (12). Et ceci pour seulement 38 millions d'habitants et 235 000 km2.

Encore convient-il d'y ajouter les îles non souveraines aux multiples statuts, et, suivant les limites adoptées, quelques États bordiers. Partout, les micro-entités sont la règle ; n'y échappent que les Grandes Antilles... encore pourrait-on en débattre pour certaines.

Une riche palette de configurations spatiales étatiques

Tous les cas de figure, ou presque, sont représentés :

  • Archipels divisés entre deux États : îles Vierges britanniques et américaines ; Grenadines partagées entre Grenade et Saint-Vincent ;
  • Îles divisées en deux : deux États dans le cas d'Hispaniola (Saint-Domingue/Haïti) ou de Saint-Martin (partie française, partie hollandaise) ;
  • États mono-insulaires... la liste est longue ;
  • États bi-insulaires, presque toujours déséquilibrés : St-Kitts-et-Nevis, Trinidad-et-Tobago, Antigua-et-Barbuda ;
  • États archipels : modèle pur dans le cas des îles Caïmans, des Bahamas ou des Bermudes, différent de Saint-Vincent et de Grenade dont les Grenadines ne constituent qu'un appendice. Plusieurs entités non souveraines appartiennent à la même catégorie (archipel guadeloupéen) ;
  • États formés de deux archipels.

Des voisins distants

Seuls dans l'archipel, Saint-Domingue/Haïti ou encore les deux parties de Saint-Martin ont des frontières terrestres. Ailleurs, c'est la mer qui en fait office. Cette barrière radicale contribue à établir entre voisins des relations particulières : pas de "front", les revendications territoriales se reportent sur l'espace maritime... mais pas non plus d'interfaces féconds. Il y aurait sans doute là, matière à recherche.

Une histoire politique spécifique

Le poids décisif de la colonisation

Pas un îlot qui ait échappé à une domination, particulièrement précoce et durable ici (plus de trois siècles en général et parfois davantage, contre moins de 100 ans en Afrique et en Asie). Les colonisateurs ayant en outre fait table rase du vieux fond de peuplement précolombien, c'est dans le moule colonial que se sont forgées presque ex nihilo les nouvelles sociétés.

Une décolonisation selon des modalités et un rythme propres

Des débuts précoces : dès 1804, la Révolution haïtienne donna naissance à la première République noire (1804). Elle "ricocha" sur toute l'Amérique latine, elle resta sans écho ou tout au moins sans résultat concret dans les îles. Cependant, en 1865, Santo Domingo devient souveraine suivie en 1901 par Cuba ... c'est tout pour plus d'un demi siècle.

Une évolution récente complexe et spécifique : l'archipel n'est pas resté à l'écart de la vague planétaire de décolonisation qui déferla au lendemain de la Seconde Guerre mondiale : depuis lors, 11 États nouveaux (Aruba comprise) sont apparus dans l'archipel (Bahamas inclues).

Mais le mouvement d'émancipation présente des caractéristiques remarquables par rapport aux autres régions du monde. Il est :

  • Pacifique : partout les indépendances sont négociées, elles ne s'accompagnent pas de troubles et de violences ;
  • Tardif : les premières indépendances, celles de Trinidad et la Jamaïque, n'ont lieu qu'en 1962, bien après l'Asie et l'Afrique ;
  • Graduel : l'indépendance est souvent précédée, surtout dans les colonies anglaises, de périodes de large autonomie (self government) ;
  • Étalé dans le temps : Aruba n'est devenue indépendante qu'en 1996 ;
  • En ordre dispersé : les évolutions sont bien plus le fruit des conditions propres à chaque métropole que celui d'une dynamique régionale ;
  • Inachevé et évolutif : non seulement de nombreuses îles sont restées sous tutelle mais, plus étonnant, des évolutions qui peuvent sembler "à contre-courant" se sont manifestées ici ou là : la "départementalisation" dans les Antilles françaises et en Guyane (1946) allait dans le sens d'un resserrement des liens institutionnels avec l'ancienne Métropole. Les populations des Antilles néerlandaises, plusieurs fois consultées, ont toujours opté pour le maintien du statut actuel, à l'exception d'Aruba devenue indépendante en 1996. Porto Rico est devenue en 1952 un État libre associé aux États-Unis d'Amérique. Longtemps tentée par le séparatisme, elle va finalement devenir le cinquante-et-unième État des États-Unis.
Le cas sans doute le plus remarquable est celui d'Anguilla, regroupée dans une entité commune avec St-Kitts-et-Nevis en 1967. À la suite de graves conflits, elle se proclame unilatéralement indépendante en 1969, sécession officiellement reconnue par les Britanniques en 1971. Par l'Anguilla Act de 1980 et la constitution de 1982, l'île redevient, à sa demande, colonie de la couronne.

La situation n'est pas figée... Dans le contexte mondial et régional aujourd'hui, il n'est pas surprenant que la "question du statut" reste un thème récurrent dans les territoires dépendants de métropoles extérieures, que ce soit à Porto Rico ou dans les Antilles néerlandaises. Elle donne lieu à des consultations périodiques. Elle est en passe de devenir un sujet essentiel de la vie politique dans les DFA (Départements français d'Amérique).

Plus inquiétants pour l'équilibre de la région sont les mouvements sécessionnaires qui agitent certains États indépendants pluri-insulaires déséquilibrés dans lesquels une île paraît hégémonique aux autres : le récent référendum sur la sécession de Nevis par rapport à St-Kitts n'a échoué que de très peu. Des risques de contagion existent dans les autres États de structure similaire : Tobago (par rapport à Trinidad), Barbuda (par rapport à Antigua), voire les Grenadines (par rapport à Saint-Vincent et à Grenade).

Les DFA à un autre niveau ont vu éclater tout récemment une des seules structures fédératives qui les unissait : l'Académie des Antilles et de la Guyane.

Ces tendances au fractionnement qui agitent la région trouvent leur source dans les subtils particularismes locaux qui se sont forgés au fil du temps, insularité aidant, viennent-ils contrarier les tendances encore timides, au rapprochement des pays de la zone, sont-ils contradictoires avec elles... ou sont-ils une condition préalable à leur réussite ?

Situation politique

14 États indépendants : 28 500 000 h. + Aruba (1996) 12 pays non-indépendants : 4 800 000 h.

États souverains (3) :
Cuba, Haïti, République dominicaine (24 700 000 h.)

Commonwealth (11) :
Antigua-et-Barbuda, Bahamas, Barbade, Dominique, Grenade, Jamaïque, Sainte-Lucie, St-Kitts-et-Nevis, Saint-Vincent, Trinidad-et-Tobago (4 800 000 h.)

Dépendances américaines :
Iles Vierges américaines (Sainte-Croix, Saint John, Saint Thomas), Porto Rico (3 700 000 h.)

Départements français :
Guadeloupe (La Désirade, Marie Galante, Les Saintes, St-Barthélémy, St-Martin), Martinique (750 000 h.)

Antilles néerlandaises :
Bonaire, Curaçao, St Maarten, Saba, St Eustache (195 000 h.)

Colonies britanniques ou territoires britanniques dépendants :
Anguilla, Caïmans, îles Vierges britanniques (Anegada, Tortola, Virgin Gorda), Montserrat, Turks-et-Caïcos (80 000 h.).
On y rattache l'archipel atlantique des Bermudes (63 000 h.)


Territoires et entités politiques

Il n'y a pas nécessairement coïncidence entre territoire (ici île) et unité politique. En effet :

  • Hispaniola et Saint-Martin sont partagées. Il existe une frontière à la fois politique, culturelle et linguistique.
  • L'archipel des Grenadines se répartit entre dépendances de Saint-Vincent et de Grenade.
  • L'archipel des îles Vierges est partagé entre dépendances britanniques et dépendance américaines.
  • Alors que les Bahamas forment un vaste État rassemblant plus d'un millier d'îles, îlots et rochers, centré sur la mer, les Turks-et-Caïcos regroupent 30 îles.
  • Enfin, des îles séparées géographiquement par un bras de mer (canal), peuvent être réunies dans une même entité politico-culturelle, par exemple Trinidad-et-Tobago, Antigua-et-Barbuda, Saint-Kitts-et-Nevis.

Formes institutionnelles

Du point de vue des institutions, il existe une majorité d'États indépendants dans le cadre du Commonwealth, avec un régime politique de type parlementaire et une constitution inspirée du modèle britannique. Le gouverneur est le représentant de la Couronne britannique. Le pouvoir exécutif est représenté par un Premier Ministre qui gouverne en fonction d'un système parlementaire bicaméral (Jamaïque, Bahamas, Antigua-et-Barbuda, Grenade, Barbade, Trinidad-et-Tobago) ou d'un parlement unicaméral (Saint-Kitts-et-Nevis, Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Montserrat, Belize).

Dans les États non indépendants, le pouvoir exécutif est détenu par un représentant des métropoles respectives : un Préfet pour l'Outre-mer français, un gouverneur pour les colonies britanniques, un gouverneur pour l'État associé de Porto Rico et les îles Vierges (Saint Thomas, Saint John, Sainte-Croix). Enfin les Antilles néerlandaises forment une région autonome faisant partie du Royaume d'Outre-mer des Pays-Bas (au sud, Bonaire et Curaçao, plus Aruba - territoire qui aura son indépendance en 1996 - ; au Nord, les "trois S", Saba, Saint Maarten, Saint Eustache). En général la vie politique dans ces pays met en jeu deux forces d'opposition qui s'affrontent au cours d'élections prévues par les Constitutions.

Auteurs : Viviane Delblond, Patrice Roth

Haut