TOURISME, SPORTS ET LOISIRS
 
Tourisme (1993)

 

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Avec 21 millions de visiteurs en 1993, la Caraïbe est désormais un pôle majeur du tourisme mondial. Au cours des quinze dernières années, l'attractivité de la région Caraïbe s'est intensifiée sur le marché du tourisme international, en raison d'une part, de la valorisation du produit balnéaire traditionnel (mer, plage), et d'autre part, de la croissance de la demande des pays de l'Amérique du Nord et de l'Europe. C'est ainsi que l'économie touristique est aujourd'hui devenue une des bases essentielles du développement des îles de la Caraïbe et supplante largement les activités agricoles traditionnelles du sucre et de la banane. Cependant les situations touristiques de l'Archipel sont très diverses selon les politiques adoptées par les différents États insulaires, leurs capacités d'hébergement et l'origine des flux de touristes qu'ils reçoivent.

Une activité récente mais prépondérante dans les économies insulaires

L'ouverture de la Caraïbe au tourisme s'est faite dans les années 1950, précédant de peu l'invasion du tourisme de masse. Les Américains du Nord commencèrent à sortir de leurs frontières pour des destinations exotiques proches où leur mode de vie pouvait être facilement exporté. Ainsi, Porto Rico et ses vieilles demeures coloniales, Cuba et ses hôtels de luxe et des casinos, la Jamaïque et ses plages furent les premières îles touchées. À partir des années 1970-1980, le modèle balnéaire s'est imposé avec des distractions axées sur la plage, le jour et des spectacles exotiques, le soir.

Dans la zone Nord-Caraïbe, la plus proche des États-Unis, le "tout-tourisme" est la solution adoptée par de nombreuses îles. Aux îles Vierges, aux Bahamas ou à Saint-Martin (partie hollandaise), tout est pensé pour le tourisme et la satisfaction des visiteurs. De ce fait, elles sont dotées d'équipements d'une excellente qualité et reçoivent une clientèle à majorité américaine. De plus, la plupart de ces États sont des paradis fiscaux et des zones franches. Le tourisme fournit du travail à 80 % des actifs et les recettes touristiques représentent 40 % de leur PNB.

Dans les États de plus grande taille où les autres secteurs d'activité comme l'industrie ou l'exportation de matières premières connaissent un développement important, le tourisme demeure une ressource d'appoint. Ces îles telles, Porto Rico, la Jamaïque et la République dominicaine, possèdent des équipements très nombreux et d'une excellente qualité formant de véritables enclaves touristiques. Ainsi, le tourisme rapporte 751 millions de dollars nets à Porto Rico, soit 6 % de son PNB.

Cette réussite a servi de modèle à la plus grande partie des Petites Antilles centrales et du Sud. Le tourisme est une spéculation récente dans ces micro-espaces. Les recettes du tourisme international représentant 43 % du PNB à Sainte-Lucie et 33 % à Grenade. Les Antilles françaises s'inscrivent dans cette catégorie, cependant les recettes touristiques contribuent à 3 % du PNB en Martinique et 8 % en Guadeloupe. Faute d'une maîtrise de leur développement, ces îles ne conservent qu'une faible partie des recettes du tourisme international.

 

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Une double vocation touristique

Les îles de la Caraïbe misent sur le développement des activités liées au tourisme de séjour, 12 millions de visiteurs et au tourisme de croisière, 9 millions d'excursionnistes.

Le tourisme de séjour

Trois groupes d'îles se partagent, de manière inégale, 11 milliards de dollars de recettes. Les grosses destinations regroupent des îles de taille importante ou des archipels et cumulent la plus grande capacité d'hébergement (50 000 lits). Elles reçoivent plus d'un million, ou presque, de visiteurs, soit Porto Rico (3 millions), les Bahamas (1,5), la Jamaïque (1 million). En quelques années, Cuba s'est hissée parmi les principales destinations et compte désormais plus de 700 000 visiteurs.

Les petites destinations accueillent moins de 600 000 touristes de séjour par an. Viennent en tête, Saint-Martin et les îles Vierges, Aruba et Barbade. Les Antilles françaises, au sein de groupe, sont dans des situations intermédiaires, puisque la Guadeloupe et la Martinique reçoivent chacune 400 000 touristes de séjour.

Les plus modestes destinations accueillent moins de 300 000 visiteurs. Ce sont des îles telles Montserrat, Trinidad-et-Tobago, Sainte-Lucie et la Dominique. Ces deux dernières sont en train de combler rapidement leur retard.

Situation économique et politique des pays d'accueil permettent de différencier les principaux flux touristiques au sein des divers espaces géographiques de la Caraïbe. Les îles rattachées à un grand ensemble économique ou politique, constituent les principales destinations pour ces métropoles. Ainsi, les Bahamas, sont devenues une véritable "banlieue" touristique pour les Américains qui représentent 86 % de leurs visiteurs. Cuba, outre les effets de mode, dispose de nombreux atouts balnéaires et culturels très appréciés des Canadiens et des Européens. Malgré l'éloignement de l'Europe, plus de 75 % des visiteurs des Antilles françaises, proviennent de la France métropolitaine. La proportion d'Américains y séjournant s'élève à 7,5 %. D'autres îles, comme la Barbade, accueillent une clientèle plus diversifiée. Les États-Unis fournissent 33 % des visiteurs, la Grande-Bretagne 26 %, le Canada 14 %. Les perspectives de développement, d'ici 2010, prévoient un doublement des arrivées pour les grandes îles et un triplement pour les petites îles du Sud.

La mer des Caraïbes : le premier espace mondial de croisière

Les croisières ont pris une très grande extension dans la grande région et le nombre d'excursionnistes qui a plus que doublé en dix ans, frôle 9 millions. La clientèle, surtout américaine embarque à Miami, promue capitale mondiale des croisières. Les grandes destinations sont les Bahamas, Porto Rico et les Îles Vierges, qui accueillent plus d'un million de passagers puis, la Jamaïque, Saint-Martin, Barbade et la Martinique qui en reçoivent plus de 400 000.

Conclusion

Le tourisme international est une activité fondamentale de l'espace carïbéen contemporain. Son importance résulte, davantage d'une adaptation ponctuelle de l'offre touristique à la demande internationale, que d'une volonté de promouvoir un développement économique à long terme. En effet, l'action des gouvernements est très souvent inconsistante. Une approche collective des problèmes touristiques a cependant abouti à la création du Caribbean Tourism Research and Development Center, instance consultative destinée à renforcer la coopération entre les différents États de la Caraïbe.

Il apparaît donc que la situation actuelle du tourisme dans la plupart des îles est fragile et par conséquent vulnérable. Les événements récents, telle la crise du Golfe en 1991 ont montré que le tourisme dans la Caraïbe est très sensible aux aléas de la situation économique et politique internationale. La guerre dans le golfe Persique a entraîné une baisse généralisée du tourisme international. Les États de la Caraïbe n'ont pas échappé à ce marasme, en raison de l'inquiétude qui régnait dans ses principaux pays émetteurs d'Amérique du Nord et l'Europe occidentale, engagés dans le conflit.

Toutefois, dans les prochaines décennies, la Caraïbe devrait garder un taux de croissance touristique un peu plus élevé que la moyenne mondiale (8,3 % contre 3,5 %), grâce à un accroissement modéré de la clientèle américaine et un renforcement des arrivées en provenance d'Europe. Cependant, le tourisme mondial est en pleine mutation avec l'apparition de données nouvelles telles que la concentration de plus en plus poussée des capitaux dans le cadre de la mondialisation de l'économie, la globalisation des systèmes de commercialisation, la libéralisation des transports et la promotion de destinations concurrentes. Aussi, les États caribéens, tout en poursuivant la mise en valeur de leurs potentialités traditionnelles, doivent entamer une véritable politique de diversification du produit touristique.

 

 Perspectives de développement du tourisme de séjour dans la Caraïbe

(source : J. CRUSOL et F. VELLAS, Le tourisme et la Caraïbe)
États ou organisations insulaires
1992
2000
2010
Bahamas
1,5
2,2
3,5
Bermudes
0,4
0,6
0,9
OECS*
0,6
1
1,7
CARICOM** (OECS exclue)
2,2
3,6
5,7
Antilles néerlandaises
1,1
2,3
3,5
Antilles françaises
0,4
1
1,7
Territoires américains (Porto Rico, îles Vierges)
3,2
5
7,7
Autres États : République dominicaine, Cuba
2
3,3
5,3
Total Caraïbe (% du tourisme mondial) 
11,4 (2,2 %)
19 (2,8 %)
30 (3,2 %)
Taux de croissance moyen/an
 
8,3 %
5,7 %
Monde
502
661
937
Taux de croissance moyen/an
 
3,8 %
3,5 %


* OECS (Organisation of Eastern Caribbean States) : Organisation des États de l'Est Caraïbe, créée en juillet 1981 ; États membres : Antigua-et-Barbuda, Dominique, Grenade, Montserrat, St-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines.


** CARICOM (Caribbean Community) : Marché commun des Antilles anglophones, crée le 4 juillet 1973 à la Barbade ; États membres : les 4 pays fondateurs, Barbade, Guyana, Jamaïque et Trinidad-et-Tobago et les États de l'OECS.

Évolution des arrivées de touristes internationaux dans la Caraïbe 1988-1993

Année
Arrivées
Monde (% variation/an)
Caraïbe (% variation/an)
1998

10 189

9,6

 
1989

10 834

7,2

6,3

1990

11 410

6,1

5,3

1991

11 301

- 0,3

- 1

1992

11 655

5,5

3,1

1993

12 461

3,8

6,9


 

Auteur : Yves-Marcelle Richer

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