La surexploitation du premier bassin de croisière

Maelle Allen M. Allen

En 2024, dans le monde, nous comptons 34,6 millions de croisiéristes-passagers. En 2025 le nombre record de 37,2 millions est atteint. Parmi ces croisiéristes , ils sont nombreux à avoir choisi le bassin caribéen ce qui en fait le premier bassin de croisière au monde.

La région Caraïbe compte 16,27 millions de croisiéristes-passagers en 2025 soit 44,2% du total mondial (données : CLIA, 2026). Dans le cas du tourisme de croisière, de surcroît dans le premier bassin de croisière au monde, il est pertinent de comptabiliser les croisiéristes en nombre de visites. Ainsi, une personne est décomptée à chaque port d’escale et l’on peut mesurer l’impact de sa visite dans chacune des îles du circuit de sa croisière. Ils sont 16 millions de croisiéristes-passagers mais représentent près de 33 millions de visiteurs. Dans ce cas, on les décrit comme croisiéristes-visiteurs ou croisiéristes-excursionnistes et non comme croisiéristes-passagers. Un croisiériste effectue en moyenne entre 4 et 5 escales dans des ports de croisière. Ces 33 millions de croisiéristes-visiteurs également appelés croisiéristes-excursionnistes sont 10 % plus nombreux par rapport aux 30 millions de 2018.

La forte mise en tourisme tournée vers la mer dans la région attire toujours plus de visiteurs en grande partie originaires des États-Unis. Les années 2020 se présentent comme un temps de consolidation de l’industrie de la croisière dans la Caraïbe après des décennies d’investissements par les gouvernements et les compagnies autour de l’attractivité du bassin maritime. Depuis la reprise d'activité, suite à la pandémie du Covid-19 , la stratégie de l’industrie de croisière est de miser sur l’augmentation : augmentation du nombre de passagers par bateau, augmentation des destinations privées, augmentation de la capacité d’amarrage des ports. Pourtant, la crise sanitaire avait montré les avantages de la diminution du tourisme de croisière : la réduction des impacts environnementaux dans le bassin et la baisse du sur-tourisme, critiqué par les locaux malgré les retombées économiques.

L’industrie de la croisière dans la Caraïbe

Les principales compagnies de croisière

Historiquement, les compagnies de croisière qui opèrent dans la Caraïbe sont nord-américaines et généralement étrangères à la région. Au total, près de 23 opérateurs proposent des croisières dans le bassin caribéen. Trois opérateurs dominent le marché : Norwegian Cruise Line fondée en 1966, Royal Caribbean Cruise Lines fondée en 1969 et Carnival Corporation fondée en 1972. En plus de bénéficier de leur ancienneté et d’un ancrage historique dans la Caraïbe, ces "corporations" dominent le marché car elles regroupent plusieurs compagnies de croisière. Au sein du groupe Carnival, huit compagnies distinctes proposent des circuits dans la Caraïbe parmi lesquelles Cunard, Holland America Line et Princess Cruises. Royal Caribbean fait partie du même groupe que Celebrity Cruises et Silversea Cruises dont les offres sont plus premium. De manière similaire, Oceania Cruises et Regent Seven Seas Cruises font partie du groupe Norwegian Cruises. Les trois corporations occupent 85 % de part de marché : Carnival Corporation avec ses 76 navires détient 42 % de parts de marché, le Royal Caribbean Group détient 31 % de parts de marché grâce à ses 54 navires dans la région et Norwegian Cruise Line Holdings avec ses 28 navires de croisière détient 15 % de parts de marché (source : Hope Research Group). Ces corporations ont opté pour une stratégie de diversification de l’offre de croisière selon les activités proposées, la classe d’âge et le niveau de vie.

D’autres compagnies s’avèrent être des acteurs économiques importants de l’industrie de la croisière caribéenne comme MSC Croisières et Disney Cruise Line.

L’augmentation du nombre de croisiéristes dans le bassin caribéen et la reprise post-pandémie

L’impact initial de la pandémie fut l’arrêt de l’industrie de la croisière en 2020 avec une reprise progressive entre fin 2021 et 2022 avec de faibles taux d’occupation. En 2020 et 2021, on compte près de 5 millions de croisiéristes par an dans le monde contre un peu moins de 30 millions en 2019. Mais les niveaux de pré-pandémie ont été retrouvés en 2023 avec près de 30 millions de croisiéristes dans le monde. L’augmentation du nombre de croisiéristes-visiteurs entre les années 2023 et 2024 est de 10 % puisqu’on en compte 33 millions en 2024. Au sein de la Caraïbe, nous comptons 12,7 millions de croisiéristes en 2023 et 14,9 millions de croisiéristes 2024. Ce chiffre marque une augmentation de 50 % par rapport aux 9 millions de croisiéristes 10 ans auparavant. Concernant le nombre de visites, l’augmentation du nombre de croisiéristes-visiteurs entre 2023 et 2024 est de 10 % puisqu’ils étaient 33 millions en 2024 contre près de 30 millions en 2023. Les premières statistiques de 2025 et 2026 montrent une augmentation continue du poids de la croisière dans la région. En effet, on compte plus de 35 millions de croisiéristes visiteurs en 2025 et 10 millions de croisiéristes visiteurs pour les trois premiers mois de l’année 2026 (contre 9 millions à la même période en 2025).

Certaines destinations caribéennes émergent du contexte post-pandémie avec de fortes augmentations. La République Dominicaine double son nombre de croisiéristes visiteurs entre 2019 et 2023 en raison de la réouverture plus rapide de ses frontières et de recommandations plus laxistes au sujet de la Covid 19. Les croisiéristes-visiteurs étaient un million en 2019 puis 2,2 millions en 2023. Il s’agit d’une augmentation de 116 %. Sur la même période, aux Bahamas, l’augmentation du nombre de croisiéristes visiteurs est de 43 %. Ils étaient 5,4 millions en 2019 contre 7,7 millions en 2023.

Nombre de croisiéristes en 2024 dans la Caraïbe
Maëlle Allen, 2026
AREC - MRSH Université de Caen Normandie

Les stratégies des compagnies de croisière pour une croissance de l’industrie dans la Caraïbe

La taille des paquebots de croisière explique en partie l’augmentation du nombre de croisiéristes en raison d’une capacité d’accueil plus élevée. Les navires sont de plus en plus grands et la tendance est au gigantisme. L’Icon of the Seas (Royal Caribbean) peut accueillir 7 600 croisiéristes et 2 350 membres d’équipage et mesure 365 mètres de long. Il s’agit du plus gros paquebot au monde, seulement concurrencé par les autres navires de la classe Icon de la compagnie : le Star of the Seas presque identique en termes de taille et le Legend of the Seas dont la mise en service est prévue pour cet été 2026 en mer Méditerranée. Il sera ensuite dédié aux circuits dans la Caraïbe. En effet, la compagnie Royal Caribbean détient le record du plus gros navire de croisière depuis la fin des années 2000 (le Queen Mary 2 de Cunard détrôné en 2009 par Royal Caribbean). Le fonctionnement de l’Icon of the Seas nécessite 2 350 membres d’équipage qui accueillent 5 610 passagers (7 600 en pleine capacité). Le navire compte 20 ponts et est divisé en huit quartiers. Il dispose de plusieurs bassins de baignade, du plus grand parc aquatique flottant et d’un simulateur de surf. Un mini golf casino, un mur d’escalade et 40 restaurants complètent l’offre de divertissement.

Les flottes caribéennes sont alimentées par la construction constante de nouveaux paquebots dans le cadre d’une industrie de la croisière mondialisée. Les principaux chantiers  sont Meyer Turku (groupe allemand ayant un site de construction en Finlande), les chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire (France) et Fincantieri (Italie). Bien que la tendance soit au gigantisme, les compagnies proposent toujours une taille de navire médium pour plaire aux croisiéristes non intéressés par les villes flottantes et par une expérience plus exclusive, comme par exemple, la Discovery Class de Royal Caribbean construite par les chantiers de l’Atlantique de Saint-Nazaire. Ces navires de taille moyenne viendront compléter la flotte de l’armateur pour offrir une alternative aux paquebots géants.

Qui sont les croisiéristes dans la Caraïbe ?

Les pays émetteurs de croisiéristes

Les États-Unis sont le premier pays émetteur de croisiéristes vers la Caraïbe. La Mer des Caraïbes est considérée par les États-Unis comme une arrière-cour bien gardée, leur terrain de jeu, seulement remis en cause récemment par les ambitions chinoises. La proximité géographique fait partie des principales raisons de la popularité de la Caraïbe auprès des États-uniens puisque l’île de Grand Bahama se situe seulement à environ 90 kilomètres des côtes de la Floride. De plus, ces croisiéristes états-uniens disposent d’un important pouvoir d’achat, peuvent dépenser leur argent en dollars américains et parle une langue commune aux îles anglophones. Les croisières et leurs escales souvent fermées et fortement contrôlées constituent des destinations sécurisées. Historiquement, les acteurs de l’industrie de la croisière dans la Caraïbe proviennent des États-Unis. Les sièges sociaux de la Carnival Corporation et du Royal Caribbean Group se situent en Floride dans le comté de Miami-Dade. D’autres pays sont émetteurs de croisiéristes dans la Caraïbe comme le Canada et les pays européens dont le Royaume-Uni pour des raisons historiques.

La diversification de la clientèle de croisiéristes

Les principaux opérateurs de croisière comme MSC ou Carnival tentent de rajeunir l’image de la croisière associée à la génération des baby-boomers et des retraités qui résident en Floride. La compagnie Virgin Voyages quant à elle s’adresse à des jeunes avec ses croisières sans enfants et misant sur une ambiance festive. Les opérateurs étendent leurs offres des croisières les plus abordables de type « grand public » aux croisières de luxe. Cette segmentation du marché permet de définir à l’avance l’usage de certains paquebots : les plus petits sont destinés aux offres haut de gamme et les « géants des mers » sont destinés à des plus petits budgets grâce à l’économie d’échelle réalisée dans ce type de navire.

Raisons de la popularité des croisières dans le bassin caribéen

L’attractivité de l’ensoleillement tropicale correspond à l’ héliotropisme qui motive les touristes à visiter la région et les croisiéristes ne font guère exception. Il choisissent le bassin caribéen car ils sont à la recherche de soleil et de la beauté qu’offrent les îles de la région. Les paysages paradisiaques ne manquent pas, des eaux bleues à perte de vue depuis les bateaux aux plages de sable fin. Cette image de la Caraïbe est au cœur des campagnes marketings des opérateurs de croisière.

L’espace caribéen : le tout croisière de la mer aux côtes

Hubs et ports de croisières

L’industrie de la croisière caribéenne repose sur les nombreux ports qui structurent le bassin maritime. Les ports d’attache et les escales nécessitent un ensemble d’infrastructures portuaires aménagées par les États et des acteurs privés dans certains cas, pour garantir l’attractivité du territoire auprès des opérateurs. Parmi les hubs de croisière nous pouvons prendre en exemple la ville états-unienne de Miami qui est souvent qualifiée de « capitale mondiale de la croisière ». Elle positionne l’État de la Floride dont les côtes sont baignées par la Mer des Caraïbes comme un territoire essentiel de la mise en tourisme par la mer dans la région en raison de la présence du port de Miami, du port Everglades et de port Canaveral principalement.

De l’autre côté du Détroit de Floride, l’expansion du port de croisière de Nassau, la capitale des Bahamas permet d’accueillir simultanément six bateaux de croisière grâce à la construction de quais et postes d’amarrage plus longs. Le dragage a été effectué pour augmenter la profondeur des bassins et accueillir des navires plus grands. En terme de gouvernance, Global port holdings détient la concession du port. Les investissements étrangers dans les infrastructures portuaires sont assez commun dans la région comme en atteste l’exemple du Groupe hongkongais Hutchison Whampoa aux Bahamas. Cet acteur privé étranger a construit plusieurs infrastructures sur l’île Grand Bahama. Le développement d’infrastructures portuaires a eu lieu à Freeport où terminaux de croisière, porte-conteneurs et aéroport coexistent.

Les opérateurs de croisière qui composent leurs circuits avec des escales portuaires ajoutent de plus en plus un autre type d’escale.

Privatisation d’îles, d’îlots, de presqu’îles et de plages

La stratégie commerciale des compagnies de croisière dans la Caraïbe repose en partie sur la proposition d’escales dans des destinations privées.

La première destination privée de croisière caribéenne a été achetée en 1977 par Norwegian Cruise Line. Il s’agit de Great Stirrup Cay qui appartenait à la société pétrolière Belcher Oil Company.

Depuis, la région connaît une accélération et multiplication de territoires privatisés par les principales compagnies.

Les Territoires privatisés : extensions terrestres des bateaux de croisière
Maëlle Allen, 2026
AREC - MRSH Université de Caen Normandie

La création de ces destinations caribéennes privatisées pour les croisiéristes fait face à des oppositions et certains projets sont avortés.

Disney Cruise Line ambitionnait d’aménager une partie d’Egg Island aux Bahamas en escale privée pour ses bateaux de croisière. Néanmoins, une évaluation environnementale de 2016 concluait que la construction du port aurait un impact dévastateur sur l’environnement. L’opposition des riverains (pétition à 2000 signatures) a également fait obstruction au projet de Disney Cruise Line. En effet , l’île est située à proximité d’une barrière de corail et de nombreuses nuisances et pollutions sont liées aux paquebots de croisières. Sur l’isthme, Perfect Day Mexico de la compagnie Royal Caribbean est un projet avorté d’aménagement touristique sur le littoral caribéen dont l’ouverture était prévue en 2027. Il se situait près du village de pêcheurs de Mahahual sur la Costa Maya à proximité du récif corallien mésoaméricain et de mangroves. Pour cette escale touristique de 80 hectares, le plan d'aménagement prévoyait l'implantation d'un parc aquatique, d'un beach club et de plusieurs bars parmi de nombreuses autres aménités. Dès l’annonce de cette transformation du littoral, des organisations environnementales locales et les habitants de Mahahual ont exprimé leur désaccord en raison de leurs craintes pour les impacts de ces infrastructures sur l’environnement et les infrastructures et les ressources en eau de Mahahual. Cependant, malgré les nombreuses contestations des acteurs locaux et les risques environnementaux dénoncés, cette stratégie commerciale demeure répandue dans l’industrie de la croisière comme en atteste l'exemple de Disney Cruise dans l'implantation d'une destination située plus au sud de l’archipel. Disney Cruise Line a aussi dû faire face à des oppositions similaires pour l’achat et la mise en tourisme de son site privé à Lookout Cay situé à Lighthouse Point au sud de l’île Eleuthera. Les compagnies développent des stratégies d'adaptation permettant de contourner les oppositions locales. Ainsi, la solution adoptée par l’opérateur de croisière MSC a été de créer une destination privée doublée d’une réserve naturelle marine à Ocean Cay, une île artificielle des Bahamas exploitée auparavant pour l’extraction de sable.

Lors d’une croisière, le voyage en bateau est la destination mais les escales demeurent un atout aux yeux des croisiéristes. Pour les compagnies, disposer d’escales privées permet de maximiser les profits. Les retombées économiques liées aux dépensent supplémentaires des croisiéristes sont redirigées des commerces et restaurants locaux aux compagnies de croisière. Dans leurs productions promotionnelles, elles reprennent les atouts du paysage caribéen (mer, sable, soleil) complétés par les termes du marketing de l’exclusif.

Cette privatisation de terres s'illustre dans cette création de nouvelles enclaves touristiques. Alors que les bateaux de croisière sont enclavés par essence puisqu’ils naviguent sur la mer, ces enclaves aux allures de parcs aquatiques expriment une volonté des compagnies de cloisonner encore plus les espaces touristiques. L’accès sur ces îles privées est alors interdit aux locaux et devient une nouvelle expression du surtourisme.

Les impacts sociaux et environnementaux

Emploi et revenu national

L’industrie de la croisière génère de nombreux emplois dans la Caraïbe. En effet, un paquebot de croisière nécessite un personnel nombreux, notamment les naviguants, le personnel de divertissement, les employés d’hôtellerie-restauration à bord et dans les destinations privées. En plus de ces postes créés directement par les opérateurs de croisière, il faut prendre en compte les emplois créés indirectement dans les ports et les escales (avitaillement, restauration et commerce notamment). Néanmoins, l’impact de l’industrie de la croisière en termes de création d’emplois pour les locaux est à nuancer. Dans la Caraïbe, où les taux de chômage sont élevés, seulement moins de la moitié des membres d’équipage sont originaires de la région. En 2015, les Caribéens représentaient 30 % des employés (BREA, 2015). Les opérateurs de croisière emploient souvent des travailleurs originaires d’autres pays avec des législations du travail plus permissives comme les Philippines, le Vietnam, la Malaisie…Ainsi les opérateurs peuvent proposer des bas salaires et peu ou pas de jours de congés. De surcroît, les revenus générés par l’industrie de la croisière reviennent surtout aux opérateurs, notablement les « Big three », Carnival Corporation, Royal Caribbean et Norwegian Cruise Line. Il y a peu de réinvestissement en local d’autant plus que ces opérateurs de croisière ne sont pas caribéens mais sont des multinationales américaines ou européennes. La dépendance à l’industrie du tourisme dont le tourisme de croisière fait de la Caraïbe une région où le service aux autres est central dans les sociétés et où des structures de domination sont reproduites, ainsi l’attribution des tâches sur les bateaux de croisière est le plus souvent genré. Le type d’emplois occupé dépend également du pays d’origine et la structure hiérarchique dans certains bateaux pousse à attribuer des postes dans les niveaux inférieurs du navire selon l’ethnicité (Ross A. Klein 2022).

Les impacts sur les infrastructures et communautés locales

Les escales des circuits de croisière ont de nombreux impacts à la fois sur les villes portuaires et les destinations privées isolées de la vie locale. Ces dernières impactent notamment la gestion des déchets et le fonctionnement du réseau d’eau potable d'espaces insulaires déjà fortement dépendant, en plus d’exercer une pression supplémentaire sur la ressource en eau et de solliciter d’avantage des réseaux d’adduction conçus pour peu d’habitants. De même, la décharge des déchets par les bateaux de croisière fait pression sur les infrastructures de gestion des déchets des ports-escales comme en atteste l’exemple de la décharge d’Antigua en surcapacité depuis 10 ans. Les locaux font face à d’autres types de nuisances dans les villes portuaires lorsqu’une escale de plusieurs grands paquebots augmente la population de plusieurs milliers de personnes le temps d’une journée. Les destinations de croisière caribéennes sont en surfréquentation ce qui contribue à la situation plus large du sur-tourisme dans la région. Pour faire face à cette situation, une solution trouvée par les pouvoirs publics afin de limiter le nombre de touristes et d’augmenter le nombre de revenus est la création d’une taxe. Au Mexique, la taxe fédérale pour les croisiéristes a été introduite en juillet 2025 à hauteur de 5 dollars par personne dans l’État mexicain de Quintana Roo où se trouve les destinations de Cancùn, Tulum et Cozumel très populaires auprès des croisiéristes. Aujourd’hui la Visatax s’élève à 16 dollars.

Un environnement rêvé mais menacé

Les paquebots de croisière produisent des déchets en quantité massive. En 2022, sur les bateaux de croisière de Royal Caribbean un peu plus de 53 000 mètres cubes de gaspillage alimentaire ont été produits. En ce qui concerne les eaux usées, elles sont filtrées et traitées avant d’être rejetées à la mer ; on les appelle les « eaux grises ». Avec l’augmentation de la taille des navires et des activités à bord, la quantité des rejets de l’industrie de la croisière dans la Mer des Caraïbes ne fera qu’augmenter très probablement.

Par ailleurs, les carburants utilisés et leurs émissions polluent l’eau et l’air. Le fioul lourd utilisé par les bateaux de croisière contient du soufre à hauteur de 3 %. Les armateurs, en étroite collaboration avec les chantiers navals, adoptent depuis peu le gaz naturel liquéfié pour rendre plus éco-responsable l’industrie de la croisière. En effet l’utilisation du Gaz Naturel Liquéfié (GNL ou LNG) permet de réduire les émissions de CO2. Néanmoins, ce carburant peut entraîner des fuites de méthane (CH4) lors de son utilisation par le navire mais également lors de sa production (émissions indirectes). De plus, il s’agit également d’une ressource fossile et le méthane est un gaz à effet de serre contenant du carbone et de l’hydrogène qui dispose d’un pouvoir réchauffant 80 fois plus élevé que le dioxyde de carbone (CO2). Les paysages paradisiaques qui font du bassin caribéen une destination de rêve lucrative sont menacés par la destruction de récifs coralliens qui sont des habitats de la faune marine et l’accumulation de déchets dans les fonds marins .

La question du coût et de la responsabilité des installations subsiste. Les États insulaires ont la responsabilité de l’agrandissement des ports de croisière pour accueillir des navires toujours plus grands et plus nombreux. Doivent-ils également prendre la responsabilité supplémentaire du traitement des déchets de l’industrie de la croisière ainsi que les installations électriques portuaires ?

Les croisières dans la Caraïbe : jusqu’à la saturation du bassin ?
Maëlle Allen, 2026
AREC - MRSH Université de Caen Normandie

L'industrie de la croisière reste une activité majeure dans la caraïbe. Elle permet à cet espace maritime de se hisser en tête des bassins de croisières dans le monde. Cependant, le prix à payer par les populations et les économies locales est loin d'être négligeable : environnements dégradés, ressources captées, investissements imposés, sous-emplois dans l'activité, économies locales dépendantes, captation de territoires insulaires...la liste des désagréments est longue et compense de moins en moins les effets positifs de cette activité qui utilise et s'approprie l'espace maritime sans autre forme de procès. L'activité de croisière, au même titre que l'activité d'extraction de ressources, reste fortement impactante pour la zone, pour ne pas dire néfaste à bien des égards. Elle est avant tout une activité consommatrice d'espaces et de ressources et non productrice de richesses.

Note []

Pour citer ce document :

Allen, M. (). La surexploitation du premier bassin de croisière. Atlas Caraïbe.