Le bassin caraïbe, une interface américaine, une interface mondiale

Yvan Bertin Y. Bertin

publié le 11 octobre 2012

(2012)

Organisation de la séquence

Organisation

Niveau Classe de Terminales L et ES
Durée 3 heures
Thème Thème 3 : Dynamiques et grandes aires continentales Question : « L’Amérique : puissance du Nord, affirmation du Sud ? »
Remarques
  • Peu de références universitaires
  • Contrairement à d’autres thèmes du programme, il n’existe pas d’ouvrages de référence ni de travaux universitaires qui répondent directement à la question. Bien que la recherche universitaire propose des analyses susceptibles d’évoluer, l’absence de réflexion de fond sur cette question risque d’entraîner des dérapages didactiques. La variété des angles d’approches présentée dans les manuels scolaires témoigne de ce problème.
  • Par ailleurs, les « documents ressources » invitent à aborder toutes les grandes problématiques (puissance du Nord, rôle mondial des États-Unis, tensions, volontés d’intégrations régionales) de la question (L’Amérique, puissance du Nord, affirmation du Sud), ce qui complexifie la démarche.
  • La notion d’interface est la notion centrale de cette étude de cas. Elle est souvent associée aux notions de périphérie, de « Méditerranée », de carrefour…
  • Sans remettre en question la validité de ces notions adjacentes pour l’espace étudié, il me semble important de les maintenir au second plan afin de ne pas perdre de vue la construction de la notion centrale.
Références bibliographiques et sites web
  • Amilhat-Szary A.-L. et alli, Géopolitique des Amériques, Nathan, Paris, 2009.
  • Bruno Benoit, Roland Saussac (dir.), Les Amériques, Bréal, Paris, 2012.
  • Géode Caraïbe, La Caraïbe, un espace pluriel en question, Ed. Karthala, Paris, 2011.
  • www.univ-ag.fr/ashp-geode
  • Posters, cartes sur la Caraïbe…
  • http ://atlas-caraibe.certic.unicaen.fr/
  • Les liens avec les autres parties du programme
Il peut être judicieux de s’appuyer pour cette étude de cas sur le travail réalisé lors de l’étude du thème 1 : « les cartes pour comprendre le monde », mais à l’échelle de la Caraïbe. S’il l’on veut gagner un peu de temps, il est également possible d’étudier dans les parties précédentes certains exemples de flux et de lieux témoignant de la mondialisation, en prenant des exemples dans la Caraïbe.
  • Quelle méthode pour l’analyse des documents dans l’étude de cas ?
Les études de cas sont présentées dans les manuels scolaires sous la forme d’un dossier documentaire. Ce dossier est généralement découpé en parties qui présentent les différents aspects de la question. Il est forcément incomplet vu les contraintes éditoriales. Sans remettre en cause l’intérêt de l’étude des dossiers documentaires, la disparition de l’étude d’un ensemble documentaire au Baccalauréat me semble permettre une nouvelle approche de ce type d’exercice. Afin de répondre à la nouvelle épreuve du Bac, intitulée « étude critique de document(s) », l’explication doit sans doute être plus individualisée et plus approfondie en mettant en évidence les complémentarités, les oppositions, les lacunes pour aborder le thème. Par ailleurs, plutôt que de proposer dans cette séquence une multitude de documents avec les problèmes de droits d’auteur que cela pose, il me semble plus souhaitable que chaque enseignant utilise les documents proposés dans le manuel choisi dans son établissement et construise à partir de ces documents ses propres questionnements. Le diaporama dont l’objectif premier est la construction progressive du croquis correspondant au sujet pourra être facilement enrichi de documents trouvés dans les manuels ou sur internet. Comme à notre habitude, nous avons choisi dans un souci de cohérence et d’apprentissage plus aisé pour les élèves, de proposer le même plan pour le cours que pour le croquis.
  • Quel plan adopter ?
En fonction de l’intitulé du sujet, on pourrait s’attendre à un plan par niveaux d’échelle. Il me semble toutefois que ce type de plan aboutit à des répétitions et à des imprécisions. Les différents flux et les espaces moteurs de l’interface fonctionnent à la fois à l’échelle de la Caraïbe, du continent américain et à l’échelle mondiale. Comment différencier dans le cadre d’un cours de Terminale ce qui a trait à chaque niveau d’échelle ? Par ailleurs, réserver la première partie à l’étude de la puissance des États-Unis dans la Caraïbe me paraît dénaturer le sujet qui propose d’étudier l’interface à l’échelle américaine. La puissance des États-Unis n’est qu’un aspect, essentiel certes, de la question. Enfin, les processus d’intégration sont nombreux dans la Caraïbe, mais pas toujours très efficaces. Dans ces conditions, inutile selon moi d’en détailler la fastidieuse liste dans une partie spécifique. Nous proposerons donc un plan analytique autour de la construction de la notion d’interface.
Proposition de problématique
  • Bien qu’en situation périphérique par rapport aux grands pôles et flux économiques mondiaux (cf : thème 2 du programme) :
  • Dans quelle mesure le bassin caraïbe est-il une interface à l’échelle du continent américain et à l’échelle mondiale ?
  • Dans quelle mesure le bassin caraïbe est-il en contact avec les autres pays du continent américain et avec le reste du monde ?
Proposition de plan 1 - La Caraïbe, un espace de contact 2 - Des flux variés à différentes échelles 3 - Pôles et espaces majeurs de la mondialisation dans la Caraïbe

Proposition de développement

Introduction

  • Qu’est-ce qu’un bassin en géographie ?

Un bassin est un espace ayant une homogénéité fonctionnelle, exemple : un bassin d’emplois, un bassin hydrographique…

  • Qu’est-ce que la Caraïbe ?

La Caraïbe correspond à ce que l’on appelle également la Grande Caraïbe ou l’espace caribéen (terminologie d’inspiration plutôt anglo-saxonne). Il s’agit de l’ensemble des territoires insulaires ou continentaux se situant autour du golfe du Mexique et de la mer des Antilles.

  • Quelles sont les caractéristiques du bassin caraïbe ?

Au-delà du regroupement autour d’espaces maritimes, l’homogénéité de la Caraïbe tient aussi à des éléments d’unité plus ou moins forts : c’est ce que l’on appelle le gradient de « caraïbéanité ». Ces éléments d’unité sont : l’ambiance géographique des milieux littoraux ; l’histoire à travers la conquête européenne, la colonisation, l’esclavage, l’économie de plantation, les sociétés d’habitation, la culture à travers la musique, les habitudes alimentaires…. Le bassin caraïbe regroupe 40 entités politiques : États indépendants et territoires sous tutelle. Il présente des sous-ensembles qui sont autant d’éléments de fragmentation : des ensembles insulaires ou continentaux de différentes tailles…

  • Qu’est-ce qu’une interface ?

Une interface est une zone de contact entre deux espaces géographiques différents. Cette différence génère des flux qui entraînent en retour l’apparition de lieux spécifiques qui singularisent cet espace de contact. Il existe en Géographie de nombreux types d’interface de nature différente : mer/continent, plaine/piémont/montagne, espace urbain/espace rural, pays développés/pays en voie de développement… interface culturelle… La mondialisation a favorisé la mise en évidence de nombreuses interfaces : les métropoles, les façades maritimes, les (aéro)ports…

  • Deux échelles d’analyse explicites, une implicite

Le sujet invite à aborder la Caraïbe comme un espace d’interface à différentes échelles. La définition de l’échelle planétaire ne pose à priori pas de problème. L’expression « interface américaine » nécessite quant à elle une petite réflexion. L’adjectif américain peut avoir deux sens différents : soit il fait référence au continent américain, soit aux États-Unis. La Caraïbe serait donc une interface à l’échelle du continent entre des Amériques géographiquement différenciées mais aussi, plus spécialement avec les États-Unis. Les deux propositions sont recevables. Sans exclure l’étude du poids des États-Unis dans toute la région, nous proposerons cependant d’aborder le sujet, et cela dans un souci de cohérence de la réflexion pour les élèves, en fonction des deux niveaux d’échelle : continental et planétaire. Au-delà de ces deux niveaux d’échelle clairement définis par le sujet, la Caraïbe en elle-même nous semble être aussi un niveau implicite d’échelle d’analyse tant elle traversée par des lignes de partage propres aux situations d’interface.

Le bassin caraïbe, un espace de contact

Le bassin caraïbe se présente comme une interface multiple.

Une interface Nord-Sud

La Caraïbe est traversée par la ligne de fracture planétaire Nord-Sud qui sépare les pays développés et de ceux qui le sont moins. La Caraïbe regroupe des pays à haut niveau de développement comme les États-Unis, mais aussi des pays parmi les plus pauvres de la planète comme Haïti (PIB respectifs : 45 000 dollars contre 1 200 dollars par habitant/an). Le tracé plaçant uniquement les États-Unis au Nord  doit être relativisé à l’échelle de la Caraïbe du fait de la présence plus au Sud de petits espaces insulaires à haut niveau de vie (Puerto Rico, Antilles françaises, Barbade…)

Une zone de contact linguistique et culturelle

Le bassin caraïbe regroupe des territoires créolophones, hispanophones, anglophones, francophones et néerlandophones. Les langues officielles dans les pays de la Caraïbe sont des héritages de la colonisation européenne. Rappelons par ailleurs que la Caraïbe est par essence un espace de créolisation dont les fondements remontent à la conquête coloniale européenne et à la rencontre des sociétés européennes, amérindiennes et africaines. La langue créole est l’expression linguistique de ces métissages culturels. Elle concerne les Petites Antilles, Haïti et quelques bordures côtières des États isthmiques. Haïti a par exemple deux langues officielles : le français et le créole. Aujourd’hui, tout le Sud des États-Unis est gagné par l’influence de la langue espagnole (migrations, croissance démographique). Le dynamisme des médias hispaniques (Telemundo, Univision) aux États-Unis est particulièrement important et illustre cette tendance. Les pages d’accueil d’Univision.com et de Telemundo proposent respectivement des rubriques « noticias de tu país » qui s’adressent plus particulièrement aux migrants hispaniques et « estaciones » qui renseignent sur la présence de la chaîne dans les différentes villes, en particulier dans le Sud des États-Unis. Un vaste espace culturel américano-mexicain (hispanophone) dénommé « Mexamerica » s’étend sur tout le Sud des États-Unis. Rappelons que l’hybridation linguistique entre l’espagnol et l’anglais est dénommée  « spanglish ». Si la langue espagnole tend à s’imposer vers le Nord, c’est cependant l’américanisation culturelle des populations hispaniques qui s’étend vers le Sud. Notons à ce sujet l’essor des religions protestantes dans une Caraïbe traditionnellement catholique.

La Caraïbe se présente donc bien comme une interface entre la culture (civilisation) anglo-saxonne et la culture latino-américaine, entre l’Amérique latine et l’Amérique du Nord. Par ailleurs, de nombreuses diasporas sont aussi présentes dans la Caraïbe. Elles témoignent de l’attractivité de la Caraïbe et de son ouverture sur le monde. A titre d’exemple, la diaspora chinoise joue un rôle économique (activités commerciales en particulier) non négligeable dans le bassin caraïbe (Jamaïque, Antilles françaises, Floride, Panama, Venezuela). Dans les plus grandes agglomérations, des quartiers chinois se sont constitués.

La Caraïbe dans le jeu géopolitique mondial

Sans retracer l’histoire géopolitique de la Caraïbe, il est possible de rappeler que celle-ci fut, des siècles durant, un enjeu de puissance pour les métropoles coloniales européennes. Aujourd’hui, l’influence des États européens dans la Caraïbe s’exerce par la présence des territoires européens (DROM-RUP, PTOM), mais aussi par des politiques de coopération et de développement menées par l’Union européenne. A l’influence européenne succède à partir du XIX e siècle la domination américaine (cf. La doctrine Monroe : « L’Amérique aux Américains », soit de façon sous-entendue aux États-uniens). Dans la seconde partie du XX e , la Caraïbe est présentée comme une Méditerranée américaine (ou un lac américain) dominée économiquement et géopolitiquement (voir les bases américaines dans la Caraïbe) par les États-Unis. Avec la période de la Guerre froide, il s’agit d’éviter la propagation du communisme (intervention des États-Unis à Cuba - qui reste sous embargo américain -, à Grenade, en République dominicaine, aide aux mouvements anti-marxistes en Amérique centrale…).

Si les enjeux liés à la Guerre froide ont disparu, les politiques sécuritaires des EU se sont réorientées vers la lutte contre le trafic de drogues et les mafias. Au niveau économique, l’influence des États-Unis dans la Caraïbe se traduit par la promotion d’une politique de libre-échange entre les EU et les pays de la Caraïbe : signature de l’ALENA, mais aussi du Central American Free Trade Agreement (CAFTA) qui regroupe tous les petits pays d’Amérique centrale et Puerto-Rico. De fait, pour de nombreux pays, l’essentiel des relations commerciales se fait avec les États-Unis. A la volonté des États-Unis d’intégrer l’ensemble de la Caraïbe au sein de zones de libre échange s’oppose une volonté d’un nombre croissant de pays d’échapper à la domination économique nord-américaine. Cependant, les pays de la Caraïbe peinent à s’organiser (16 associations différentes de coopération régionale existent dans la Caraïbe…) et à se trouver un leader.

Dans ces conditions, plusieurs questions se posent : quel rôle peut jouer à terme l’AEC (Association des États de la Caraïbe) qui reste pour l’instant davantage une zone de coopération que d’échanges. Le Mexique est-il prêt et est-il capable de jouer un rôle d’entraînement dans la Caraïbe ? La Caraïbe deviendra-t-elle un enjeu entre les deux grandes puissances du continent américain, à savoir les États-Unis (puissance mondiale) au Nord et le Brésil (puissance régionale, un peu éloignée) au Sud dont les rapports de forces sont encore déséquilibrés ?

Actuellement, c’est surtout l’opposition idéologique aux États-Unis qui se manifeste à travers l’Alliance bolivarienne pour les peuples d’Amérique (ALBA - alba = aube en espagnol). Quatre pays y participent dont trois de la Caraïbe : Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et la Bolivie. Des sommets médiatisés sont organisés plus ou moins régulièrement. On peut considérer cette alliance comme une « sous-section » des (ex)non-alignés. La Chine, puissance émergente asiatique, s’intéresse à la Caraïbe pour différentes raisons. Tout d’abord, les IDE chinoises dans les zones franches des pays membres du CAFTA permettent de contourner les barrières douanières des États-Unis. Ensuite, la Chine signe des contrats pétroliers avec le Venezuela pour s’assurer un approvisionnement en matières premières énergétiques. Enfin, elle verse à bon compte des aides au développement aux petit États de la Caraïbe en échange d’un soutien diplomatique au sein de l’ONU. Ces pays s’engagent ainsi à ne pas reconnaître le séparatisme taïwanais.

Même si les enjeux géopolitiques dans la Caraïbe sont moins « explosifs » que du temps de la Guerre froide, la zone reste sous tension. La domination nord-américaine toujours présente doit s’adapter à un monde multipolaire en construction. En définitive, de nombreuses lignes de fracture, de rupture, de partage plus ou moins précises et plus ou moins mouvantes traversent la Caraïbe. La principale d’entre-elles, à savoir la limite Nord-Sud, est à l’origine de flux importants.

Des flux variés à différentes échelles : à l’intérieur de la Caraïbe, à l’échelle continentale et mondiale.

Rappelons l’insertion ancienne de la Caraïbe dans les échanges internationaux avec le tristement célèbre commerce triangulaire. Aujourd’hui, la Caraïbe se singularise par une grande variété de courants d’échanges à la fois légaux et illégaux.

Les flux de marchandises : répondre à la demande des pays du Nord

Des flux de produits pétroliers originaires du Mexique (golfe du Mexique) ou du Venezuela (lagune de Maracaïbo) sont principalement à destination des États-Unis. Des produits alimentaires tropicaux (bananes, ananas…) sont cultivés principalement dans les petits états isthmiques par les grandes FTN étatsuniennes (Dole Food Company Inc, Chiquita brands international) à destination des marchés américains et européens. Dans ces États traditionnellement agricoles, la valeur des exportations de produits manufacturés fabriqués dans les zones franches est aujourd’hui supérieure à la valeur des exportations des produits agricoles. Des produits manufacturés (textile, chaussures, électroménager, produits pharmaceutiques…) sont fabriqués dans les zones franches de la Caraïbe ou dans les maquiladoras mexicaines. Ils sont destinés principalement au marché nord-américain. Notons que les biens d’équipement proviennent des grands pays industrialisés (États-Unis, Europe, Pays industrialisés d’Asie). Le bassin caraïbe est aussi une vaste plaque tournante au niveau mondial pour la production (Colombie, Mexique, Jamaïque) et le commerce de drogues (cocaïne, marijuana…).

Les flux humains : migrations économiques et flux touristiques, deux aspects des mobilités humaines.

Les différences économiques entre les pays de la Caraïbe se traduisent par des migrations des pays pauvres vers des pays plus favorisés. Il s’agit soit de migrations de type arm-drain soit de type brain-drain. Un grande partie des migrants sont des illégaux. Des courants migratoires massifs se dirigent à partir principalement des petits états isthmiques, du Mexique et des Grandes Antilles vers les pays d’Amérique du Nord. Les États-Unis sont la principale destination pour les migrants en quête d’ « Eldorado », de rêve américain… Les périls, les souffrances et parfois la mort menacent les migrants les plus pauvres, généralement illégaux (Détroit de Floride à traverser pour les balseros cubains, mafia mexicaine violente à laquelle il faut échapper, frontière quasi-militarisée des États-Unis qu’il faut traverser…). Les migrants des Petites Antilles se tournent davantage vers l’Europe (France, Angleterre, Pays-Bas). Notons également l’existence de flux de proximité en fonction des niveaux de richesse relative, par exemple entre Haïti et la République dominicaine ou entre la Dominique et les Antilles françaises. Dans les pays d’accueil les immigrants se regroupent souvent au sein de diasporas (antillaise à Paris, jamaïcaine à Londres…). Elles expriment leurs spécificités culturelles de façon variée (restaurant, carnaval, musique…). Reste la question de l’intégration…

Par ailleurs, le bassin caraïbe est une destination touristique de premier plan à l’échelle mondiale. Les flux touristiques en provenance des États-Unis et des pays européens se concentrent principalement sur les Petites et les Grandes Antilles, ainsi que la péninsule du Yucatan. Il s’agit essentiellement d’un tourisme balnéaire (formule all inclusive) et d’un tourisme de croisière, particulièrement important de novembre à avril lorsque les conditions climatiques sont plutôt défavorables dans les pays tempérés.

Les flux financiers, entre investissement productif et argent sale

Il est possible de différencier plusieurs types de flux financiers. Les flux d’IDE correspondent à deux grands types d’investissements productifs. Il peut s’agir d’investissement dans les zones franches. Ces investissements sont originaires des États-Unis, d’Europe et d’Asie. Notons que les capitaux locaux investissent également dans les zones franches, comme en République dominicaine. Il peut s’agir également d’investissement dans les infrastructures de tourisme (hôtel, golf…), comme par exemple en République dominicaine ou à Cuba. Les flux financiers peuvent aussi être des flux correspondant à l’aide publique au développement (EU et UE en particulier). Aux flux migratoires Sud-Nord correspondent en retour des flux financiers importants : les remises (las remesas en espagnol). En effet, les revenus des migrants génèrent des flux financiers vers leurs pays de départ. Dans les années 2010, ils étaient estimés à environ 50 milliards de dollars en provenance des EU et à destination de la Caraïbe. Ces flux représentent pour les pays les plus pauvres une part importante de leur PIB et permettent aux familles restées au pays de survivre ou de démarrer de petites activités économiques (commerce, élevage…). Le blanchiment d’argent sale (trafic de drogues, d’armes, prostitution…) génère aussi des flux financiers importants. Ces flux transit par les paradis fiscaux qui sont des éléments importants du système financier mondial. Ils drainent des sommes considérables, qu’il s’agisse d’argent sale issu des trafics régionaux illégaux ou d’argent en provenance de filiales d’établissements financiers (banques off-shore) du monde entier ayant pignon sur rue. A noter également les placements financiers effectués, aux EU et en particulier à Miami, par les ressortissants les plus fortunés de la Caraïbe et de l’Amérique latine. Des courants d’échanges caractéristiques des relations Nord-Sud et Sud-Nord témoignent de la complémentarité des économies au sein de la Caraïbe, mais aussi de l’insertion de la Caraïbe dans le système économique tant à l’échelle continentale que mondiale. Un certain nombre de pôles et d’espaces majeurs témoignent de ces situations d’interface à différentes échelles.

Pôles et espaces majeurs de la mondialisation dans la Caraïbe

Un certain nombre de lieux au sein du bassin caraïbe sont particulièrement caractéristiques de cette interface. Ces types de lieux témoignent d’une façon plus générale de la mondialisation.

Les zones dérogatoires

Les zones dérogatoires (les zones franches industrielles et les paradis fiscaux) ont permis de capter les flux capitaux et d’assurer ainsi un certain développement. La plus grande concentration de zones franches de la Caraïbe se situe en République dominicaine si l’on exclut la frontière américano-mexicaine (les maquiladoras). Ces zones franches doivent être bien reliées par des voies de communication terrestres ou maritimes avec les pays étrangers depuis lesquels ils importent les composants à assembler et vers lesquels ils exportent les produits finis. Voir également la zone franche de Colόn au Panama (transformation, logistique transbordement, activités financières….). Les paradis fiscaux (Îles Caïmans, Bahamas…) attirent des capitaux en provenance tant des établissements financiers des pôles de la Triade que des trafics illicites régionaux régis par les mafias. Les paradis fiscaux sont aussi souvent de petites îles qui ont fait un choix de développement fondé sur les activités financières et les activités touristiques haut de gamme.

Les espaces touristiques

Les espaces touristiques dans la Caraïbe correspondent surtout à des enclaves touristiques constituées d’hôtels et d’équipement de loisirs en situation balnéaire. Les investissements sont réalisés par de grands groupes européens (le groupe espagnol « Meliá » à Cuba par exemple) ou étatsuniens (le groupe Radisson à Saint-Martin). Les Antilles et le Mexique (station géante de Cancun) sont particulièrement concernés. La Floride avec ses différents types de parcs (naturels, de loisirs…) attirent une clientèle qui dépasse largement les frontières des États-Unis.

Les grandes métropoles : l’exemple de Miami, une ville mondiale

A bien des égards, Miami apparaît comme le centre d’impulsion majeur de la Caraïbe. Cette métropole de plus de 5 millions d’habitants est considérée comme la porte d’entrée de la Caraïbe et de l’Amérique latine au États-Unis. Cette agglomération est à la tête de la Floride, un état dynamique (agriculture, tourisme, activités spatiales…). Miami est le deuxième centre bancaire des EU pour les transactions internationales, après New-York. Cette agglomération dispose d’un hub aéroportuaire de première importance assurant des liaisons régulières avec toute la Caraïbe et le reste de l’Amérique. Son port de commerce assure également des fonctions de hub. Plus de 50% du trafic est à destination du continent américain. Son port de croisière est quant à lui le plus grand de toute la Caraïbe. Plus de la moitié de la population est hispanique. Les « cubains » constituent l’élite dirigeante de la ville. Des quartiers communautaires (Little Haïti, Little Havana) témoignent de cette ouverture sur la Caraïbe.

Grands ports et façade maritime

Les grands ports de la Caraïbe sont Miami, Free Port, Houston, Kingston, Puerto-Rico. Ce sont pour la plupart des hubs de concentration /redistribution du trafic. Les conteneurs y occupent une place importante. Deux façades maritimes peuvent être distinguées. Elles concernent les EU. La première regroupe les ports du golfe du Mexique et la seconde regroupe ceux de la façade atlantique des EU qui se termine au Sud à la limite de la Caraïbe. Enfin, les routes maritimes mondiales placent la Caraïbe en situation de carrefour : trafic Est-Ouest par le canal de Panama et Nord-Sud entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud. La modernisation du canal de Panama permettra la mise en place de nouveaux pôles logistiques afin de faire face à l’augmentation prévue du trafic. Dans ce nouveau contexte, restons prudent quant au rôle que pourrait jouer la Martinique.

Le bassin caraïbe apparaît bien comme un espace de contact, une interface tant à l’échelle continentale que mondiale. Les nombreux contrastes (économiques, culturels, géopolitiques) qui traversent cet espace génèrent des flux de différente nature, des recompositions culturelles rapides, mais parfois également des tensions. A l’échelle du continent américain, la Caraïbe reste fortement polarisée par les États-Unis, malgré l’influence de l’Union européenne et de ce fait des anciennes métropoles européennes. En somme, la Caraïbe est largement intégrée dans les échanges internationaux et le processus de mondialisation quel que soit le niveau de développement des territoires. A l’échelle planétaire, d’autres régions du monde présentent des caractéristiques comparables d’interface comme la Méditerranée ou l’Asie de l’Est.

Note []

Pour citer ce document :

Bertin, Y. (2012). Le bassin caraïbe, une interface américaine, une interface mondiale. Atlas Caraïbe.